RDC, les dépenses sécuritaires fragilisent le programme conclu avec le FMI

Le Fonds monétaire international a autorisé un nouveau décaissement de 348,5 millions USD en faveur de la République démocratique du Congo. Cette décision fait suite à la troisième revue de la Facilité élargie de crédit et à la deuxième revue de la Facilité pour la résilience et la durabilité. Le FMI juge l’exécution des programmes globalement satisfaisante, tout en relevant deux critères non respectés à la fin de 2025.

La Rédaction

Le Fonds monétaire international a autorisé un nouveau décaissement de 348,5 millions USD en faveur de la République démocratique du Congo. Cette décision fait suite à la troisième revue de la Facilité élargie de crédit et à la deuxième revue de la Facilité pour la résilience et la durabilité. Le FMI juge l’exécution des programmes globalement satisfaisante, tout en relevant deux critères non respectés à la fin de 2025.

Dans le détail, 258,2 millions USD sont débloqués au titre de la Facilité élargie de crédit, portant les décaissements cumulés de ce programme à environ 1,03 milliard USD. Les 90,3 millions USD restants proviennent de la Facilité pour la résilience et la durabilité, destinée à soutenir les réformes liées au climat et à la résilience économique.

Selon le ministre des Finances, Doudou Fwamba, environ 193,9 millions USD seront orientés vers l’appui budgétaire pour financer des programmes sociaux, des infrastructures et des mesures d’adaptation au changement climatique. Le solde, estimé à près de 154,6 millions USD, doit renforcer les réserves extérieures et soutenir la balance des paiements. La répartition détaillée entre les différents projets budgétaires n’a toutefois pas encore été rendue publique.

Les dépenses sécuritaires ont pesé sur le budget

Le premier critère non respecté concerne le solde budgétaire intérieur. Le FMI explique cet écart par des dépenses sécuritaires supérieures aux prévisions au cours du dernier trimestre de 2025. La persistance du conflit dans l’Est a contraint le gouvernement à mobiliser davantage de ressources, réduisant ainsi la marge disponible pour maintenir l’équilibre prévu dans le programme.

L’institution ne remet pas en cause la nécessité de financer la défense et la sécurité. Elle insiste plutôt sur la discipline budgétaire, la transparence et le respect des procédures de dépense. Les documents publics consultés ne détaillent pas les équipements, les opérations ou les services ayant provoqué le dépassement. Cette absence de ventilation limite l’évaluation indépendante de l’utilisation des ressources consacrées à la sécurité.

Le FMI estime que les perspectives budgétaires pour 2026 restent gérables grâce à la progression des recettes publiques et aux cours favorables des produits miniers. Il prévient néanmoins que le déficit intérieur pourrait temporairement s’élargir sous l’effet des dépenses sécuritaires, des conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient et des investissements financés par les ressources de l’Eurobond.

Pour limiter les risques, le gouvernement devra renforcer la mobilisation des recettes, mieux encadrer les dépenses non prioritaires et poursuivre la modernisation de la gestion des finances publiques. Le FMI demande aussi une utilisation transparente et efficace des ressources publiques afin de préserver les dépenses sociales et les investissements productifs.

La BCC rappelée à l’ordre sur les opérations de change

Le second écart concerne l’engagement de ne pas introduire ou modifier des pratiques de taux de change multiples. La Banque Centrale du Congo avait changé la marge de change appliquée aux opérations entre la BCC et le Trésor public. Pour le FMI, cette modification a créé une différence de traitement incompatible avec les critères du programme.

Les autorités congolaises ont indiqué avoir pris des mesures correctives, mais le communiqué publié après la revue ne fournit pas de description complète du dispositif retenu. Le FMI demande à la BCC de préserver un taux de change transparent, fondé sur les conditions du marché, tout en continuant à renforcer les réserves internationales.

Cette question est importante dans une économie fortement dollarisée. Une différence entre le taux appliqué au Trésor, celui proposé aux banques et celui observé sur le marché peut créer des distorsions, compliquer la comptabilité publique et favoriser des arbitrages sur les devises. La stabilité du franc dépend donc autant du niveau des réserves que de la cohérence des règles appliquées aux opérations de change.

Au-delà des deux critères non respectés, le FMI constate des progrès dans plusieurs réformes. La méthodologie destinée à intégrer les risques climatiques dans l’évaluation des investissements publics a été achevée avant l’échéance prévue. Les modifications du Code forestier ont en revanche pris du retard. L’institution attend également des avancées dans la gouvernance, la lutte contre la corruption, la gestion des investissements publics et le processus de sortie de la liste grise du GAFI.

Le nouveau décaissement apporte des devises et élargit les possibilités de financement du gouvernement. Il ne constitue toutefois pas un satisfecit sans réserve. Les deux écarts relevés montrent que la stabilité macroéconomique reste exposée aux dépenses sécuritaires difficiles à prévoir et aux décisions techniques prises sur le marché des changes.

L’enjeu sera désormais de rendre publique l’affectation précise des 193,9 millions USD destinés au budget, de documenter les mesures correctives de la BCC et d’améliorer la transparence des dépenses de sécurité. Le décaissement soutient les finances du pays, mais la crédibilité du programme dépendra surtout de la manière dont ces ressources seront utilisées et contrôlées.

— M. KOSI

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