La République démocratique du Congo et l’Agence de développement de l’Union africaine ont signé, le 6 août 2026 à Kinshasa, un accord établissant un bureau-pays de l’AUDA-NEPAD. Cette structure doit servir d’interface technique pour identifier, structurer et rechercher des financements en faveur des grands projets nationaux liés à l’Agenda 2063, notamment Grand Inga, le corridor de Lobito et la liaison route-rail Kinshasa-Brazzaville.
La République démocratique du Congo va accueillir à Kinshasa un bureau-pays de l’Agence de développement de l’Union africaine–Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (AUDA-NEPAD). L’accord d’établissement a été signé jeudi 6 août 2026 à la Cité de l’Union africaine, au cours d’une cérémonie présidée par le chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi. Le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, a signé pour le Gouvernement congolais, tandis que la secrétaire exécutive de l’AUDA-NEPAD, Nardos Bekele-Thomas, représentait l’agence panafricaine. La Première ministre Judith Suminwa, plusieurs membres du Gouvernement et des représentants d’institutions financières internationales ont également pris part à la cérémonie.
Ce bureau n’a pas vocation à fonctionner comme une simple représentation institutionnelle. Selon la Présidence de la République, il doit devenir une interface technique entre la RDC et l’Union africaine pour l’identification, l’intégration et le financement des projets nationaux pouvant s’inscrire dans les programmes continentaux. L’AUDA-NEPAD intervient notamment dans la préparation de projets, la mobilisation des ressources et la coordination avec les gouvernements, les institutions financières, le secteur privé et les partenaires au développement.
Le dispositif pourrait ainsi offrir à Kinshasa un canal supplémentaire pour rapprocher certains grands projets congolais des mécanismes de financement continentaux et internationaux. Julien Paluku a cité particulièrement le Grand Inga, le corridor de Lobito et le projet de liaison route-rail Kinshasa-Brazzaville, trois infrastructures dont la portée dépasse les frontières nationales. Leur réalisation nécessite des investissements considérables, une coordination entre plusieurs États et des montages financiers complexes associant capitaux publics, privés et institutions de développement.
Un bureau technique, pas une nouvelle source automatique de financement
L’installation de l’AUDA-NEPAD à Kinshasa peut améliorer la préparation et la visibilité internationale des projets congolais, mais elle ne signifie pas que les financements nécessaires sont désormais acquis. Le rôle de l’agence consiste principalement à aider les États à structurer des programmes compatibles avec les priorités de l’Agenda 2063, faciliter leur intégration régionale et mobiliser les partenaires susceptibles de participer à leur financement.
Pour la RDC, l’enjeu sera donc de transformer ses grands projets en dossiers suffisamment préparés pour attirer les investisseurs. Cela suppose des études de faisabilité actualisées, des modèles économiques crédibles, des cadres juridiques sécurisés et une répartition claire des responsabilités entre l’État, les opérateurs privés et les partenaires régionaux. Dans les infrastructures, la différence entre un projet annoncé et un projet réellement finançable se joue souvent précisément à cette étape.
Grand Inga illustre cette difficulté. Son potentiel hydroélectrique lui confère une dimension continentale, mais son développement dépend depuis plusieurs années de la structuration financière, des accords d’achat d’électricité et des infrastructures de transport nécessaires pour desservir plusieurs marchés. Le corridor de Lobito suit une logique similaire puisqu’il implique la RDC, l’Angola et la Zambie et nécessite une coordination des infrastructures ferroviaires et logistiques sur plusieurs territoires.
La présence permanente de l’AUDA-NEPAD à Kinshasa pourrait réduire certains délais de coordination et aider la RDC à inscrire davantage de projets dans les programmes prioritaires de l’Union africaine. Elle peut également faciliter les discussions avec les bailleurs de fonds, les banques de développement et les investisseurs privés intéressés par les infrastructures transfrontalières.
La prochaine étape sera donc moins l’ouverture administrative du bureau que la constitution d’un portefeuille précis de projets à accompagner, avec leurs besoins financiers, leur niveau de préparation et leur calendrier. C’est à partir des financements effectivement mobilisés et des projets arrivant à exécution que pourra être mesuré l’impact économique de cette nouvelle présence de l’AUDA-NEPAD en RDC.
— Peter MOYI









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