Le régime congolais de quotas ne réduit plus seulement les volumes de cobalt exportés. Il modifie désormais les décisions de production à KCC et Mutanda. Au premier semestre 2026, Glencore a produit 8 700 tonnes de cobalt dans ses opérations congolaises, en baisse de 51 %, tout en augmentant sa production de cuivre de 66 % à 138 400 tonnes.
La politique congolaise de contrôle de l’offre de cobalt produit un effet directement observable à l’intérieur des usines de Glencore. Dans son rapport de production publié le 29 juillet 2026, le groupe explique explicitement que le système de quotas d’exportation l’oblige à tenir compte des volumes qui lui sont attribués lorsqu’il organise ses opérations en RDC. La conséquence est une priorité plus forte accordée au cuivre. Une partie croissante du cobalt contenu dans les minerais mixtes est conservée en solution au lieu d’être transformée et séchée immédiatement sous forme d’hydroxyde de cobalt commercialisable.
Les chiffres de KCC et Mutanda illustrent cette réorientation. Leur production cumulée de cuivre a atteint 138 400 tonnes au premier semestre 2026, contre 83 400 tonnes un an auparavant. KCC a produit 106 400 tonnes, en hausse de 68 %, tandis que Mutanda est passée de 20 200 à 32 000 tonnes, soit une progression de 58 %. Dans le cobalt, le mouvement est inverse. La production de KCC a reculé de 11 900 à 8 700 tonnes et Mutanda n’a déclaré aucune production de cobalt commercialisable au premier semestre, contre 5 800 tonnes sur la même période de 2025. Les données de Glencore comptabilisent ici le cobalt contenu dans les concentrés et hydroxydes, et non tout le cobalt physiquement présent dans le minerai extrait.
Mutanda passe de 5 800 tonnes de cobalt à zéro
Cette distinction est essentielle pour comprendre l’effet des quotas. Le recul de 51 % ne signifie pas que les gisements de KCC et Mutanda contiennent soudainement deux fois moins de cobalt. Il traduit en partie une décision industrielle consistant à retarder la transformation du cobalt en produit commercialisable lorsque les possibilités d’exportation sont limitées. Le métal reste alors intégré au circuit de traitement sous forme de solution et peut être récupéré ultérieurement, selon les besoins opérationnels et les volumes autorisés à sortir du pays.
La RDC avait remplacé son interdiction temporaire d’exportation par un mécanisme de quotas à partir du quatrième trimestre 2025. Pour 2026 et 2027, le régime prévoit 87 000 tonnes de quotas ordinaires par an, complétées par une réserve stratégique de 9 600 tonnes. Glencore avait annoncé une allocation annuelle de 13 300 tonnes pour KCC et 5 500 tonnes pour Mutanda, soit 18 800 tonnes pour ses deux opérations congolaises.
Le contrôle a encore été resserré à la fin juin. ARECOMS a décidé que les quotas du premier semestre non utilisés avant le 30 juin seraient retirés aux opérateurs et réaffectés à la réserve stratégique. Le régulateur peut également sanctionner les entreprises qui transfèrent leurs quotas à des tiers ou ne respectent pas les règles du dispositif. Selon Reuters, les restrictions congolaises ont contribué au resserrement de l’offre, tandis que le prix du cobalt avait atteint environ 26 USD la livre fin juin, soit une progression de 160 % par rapport à février 2025.
Les décisions de Kinshasa atteignent désormais l’organisation des usines
À l’échelle de Glencore, l’effet dépasse KCC et Mutanda. La production propre mondiale de cobalt du groupe est tombée de 18 900 à 10 200 tonnes au premier semestre, soit une baisse de 46 %. Les activités congolaises ont fourni environ 85 % de ce volume, selon un calcul de Lepoint.cd à partir des données du groupe. Glencore attribue principalement cette contraction à la politique de quotas de la RDC.
Le résultat fournit un indicateur concret pour évaluer la stratégie congolaise. Le pays ne contrôle plus uniquement la quantité de cobalt franchissant ses frontières. En plafonnant les exportations, il influence aussi le calendrier de transformation, les stocks et l’arbitrage entre deux métaux produits par les mêmes complexes industriels.
Cette politique comporte néanmoins une dimension qu’il faudra suivre sur plusieurs trimestres. Le cobalt maintenu en solution ne disparaît pas nécessairement de la production future. Une modification des quotas ou une augmentation des volumes autorisés pourrait conduire les opérateurs à le transformer ultérieurement. Les prochains rapports de KCC, Mutanda et des autres producteurs permettront donc de mesurer si la baisse actuelle du cobalt commercialisable se prolonge et dans quelle mesure le système congolais continue de favoriser le cuivre dans les arbitrages industriels.
— J. KAKESA








Votre avis compte
Une precision, un chiffre a corriger, une experience terrain ou une question utile ? Votre commentaire peut enrichir le debat economique.