L’Angola a accordé à Somagec Energy Holding et Averi Finance une concession de 30 ans pour développer une ligne électrique de 1 240 kilomètres entre la centrale hydroélectrique de Laúca et Kolwezi. Avec une capacité annoncée pouvant atteindre 1 400 MW, le projet cible directement le bassin congolais du cuivre et du cobalt.
Le déficit électrique du Copperbelt congolais attire désormais les producteurs d’énergie de la région. Le président angolais João Lourenço a attribué la concession du Corridor Est à Somagec Energy Holding, associée à Averi Finance, pour construire et exploiter pendant 30 ans une interconnexion à très haute tension entre l’Angola et la République démocratique du Congo. La ligne doit fonctionner sous un modèle BOOT, dans lequel les investisseurs financent, construisent, possèdent et exploitent l’infrastructure avant son transfert à l’État angolais au terme de la concession.
Le tracé prévu part de Laúca, dans la province de Malanje, pour rejoindre Kolwezi sur environ 1 240 kilomètres. Il doit traverser Malanje, Lunda Sul et Moxico avant d’entrer en RDC. L’infrastructure sera construite en 400 kV à double circuit et pourrait transporter jusqu’à 1 400 MW vers le bassin industriel du Lualaba. Des sous-stations sont prévues notamment à Laúca, Xá Muteba, Saurimo, Luau et Kolwezi.
Jusqu’à 1 400 MW directement orientés vers Kolwezi
Contrairement au Corridor Nord, dont une partie doit alimenter Cabinda et connecter Soyo à la RDC, le Corridor Est répond beaucoup plus directement à la demande industrielle congolaise. Son point terminal annoncé est Kolwezi, où se concentrent plusieurs des plus grandes exploitations mondiales de cuivre et de cobalt.
Cette différence est importante. Le Corridor Nord prévoit une ligne de 400 kV pouvant transporter jusqu’à 800 MW sur l’axe Soyo–Matadi–Inga, complétée par une liaison Matadi–Cabinda de 220 kV pouvant atteindre 300 MW. Le Corridor Est est conçu, lui, pour transporter l’électricité depuis le système hydroélectrique angolais vers le Copperbelt.
Reuters chiffrait en juillet le projet Laúca–Kolwezi à environ 1,25 milliard USD et indiquait que Somagec et Averi Finance visaient une entrée en exploitation commerciale d’ici 2030. La même source évaluait la ligne Soyo–Inga–Cabinda à environ 450 millions USD. Ensemble, les deux infrastructures représenteraient donc environ 1,7 milliard USD d’investissements.
La nouvelle concession ne signifie toutefois pas que 1 400 MW entreront immédiatement en RDC. Le projet doit encore franchir les étapes d’ingénierie détaillée, de validation finale des études de faisabilité, de structuration financière et de construction. Les promoteurs indiquent que le financement doit provenir de capitaux privés, sans garantie souveraine ni dette publique angolaise.
Les mines du Lualaba constituent le marché naturel
Le choix de Kolwezi répond à une contrainte économique connue du secteur minier congolais. La croissance de la production de cuivre, l’installation de nouvelles capacités métallurgiques et l’électrification des procédés augmentent les besoins en énergie du Lualaba et du Haut-Katanga. Lorsque l’électricité du réseau manque, certaines opérations doivent réduire leur consommation, importer de l’énergie ou recourir à des solutions thermiques plus coûteuses.
Le projet angolais vise précisément ce marché industriel. Reuters indiquait que les nouvelles interconnexions privées étudiées entre l’Angola et la RDC cherchent à fournir les opérations de cuivre et de cobalt confrontées aux déficits électriques. Le Corridor Est doit également relier l’Angola au Southern African Power Pool et renforcer les échanges avec le Pool énergétique de l’Afrique centrale.
Aucun contrat public disponible ne permet toutefois encore d’identifier les compagnies minières qui achèteront cette électricité ni de connaître le tarif du mégawattheure livré à Kolwezi. C’est pourtant sur ces deux variables que se jouera la compétitivité réelle de la ligne. Une capacité théorique de 1 400 MW n’a de valeur économique que si des acheteurs solvables signent des contrats de long terme et si le prix rendu en RDC est compétitif par rapport aux autres sources d’électricité.
Le projet prend aussi une importance particulière après le retrait de Trafigura d’une autre ligne de 2 000 MW envisagée entre l’Angola, la RDC et la Zambie. Son abandon a laissé davantage d’espace aux projets Somagec–Averi et au projet américain HYDRO-LINK, qui prévoit lui aussi une interconnexion destinée notamment au Lualaba et au Katanga.
Pour la RDC, le prochain indicateur ne sera donc plus l’annonce d’une nouvelle interconnexion. Il faudra désormais connaître le calendrier de construction côté congolais, le point précis de raccordement à Kolwezi, les contrats d’achat d’électricité et le tarif proposé aux industriels. Ces éléments permettront de mesurer si les 1 400 MW annoncés peuvent réellement réduire le déficit énergétique du bassin minier.
— M. MASAMUNA









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