La Belgique et la RDC réorientent leur programme bilatéral de 250 millions d’euros vers deux corridors économiques, le Couloir Vert au nord et Lobito au sud. Sur l’enveloppe initiale, 143 millions d’euros restent à exécuter, tandis que 10 des 25 projets actuellement actifs seront clôturés dès le 30 septembre 2026.
La coopération belge en République démocratique du Congo change de géographie et resserre son portefeuille. Un avenant signé entre Kinshasa et Bruxelles prolonge le programme exécuté par Enabel jusqu’au 30 juin 2029 et concentre désormais les ressources restantes sur le Couloir Vert et le corridor de Lobito. Les 143 millions d’euros encore disponibles représentent 57,2 % de l’enveloppe bilatérale de 250 millions d’euros, selon un calcul de Lepoint.cd. Cette proportion ne signifie toutefois pas que les 107 millions restants ont intégralement été décaissés, le communiqué ne détaillant pas séparément les montants engagés, contractualisés et effectivement payés. L’enveloppe de 250 millions d’euros correspond bien au programme de coopération conclu initialement pour 2023-2027, selon Enabel et la représentation diplomatique belge en RDC.
La révision touche directement l’organisation du portefeuille. Dix des 25 projets actuellement en exécution doivent prendre fin au 30 septembre, soit 40 % du nombre de projets actifs. Les interventions diminueront notamment au Kasaï-Oriental et dans la Lomami, où Enabel prévoit de se recentrer sur un projet de conservation forestière financé par CAFI/FONAREDD. La coopération maintient ses interventions dans la santé, l’agriculture et la formation professionnelle, mais se retire de l’éducation et de la culture. En parallèle, Enabel renforce sa présence vers les zones couvertes par les nouveaux axes, avec un bureau opérationnel à Beni depuis octobre 2025 et une implantation prévue à Mongala Kuma, dans le territoire de Budjala au Sud-Ubangi.
22 millions d’euros identifiés pour logistique et investissement privé
Le changement ne concerne pas uniquement la carte des interventions. Il rapproche davantage la coopération belge des infrastructures économiques, de la transformation agricole et de l’investissement privé. Le projet CONNECT, cofinancé par la Belgique et l’Union européenne, dispose de 15 millions d’euros pour intervenir notamment sur la transformation agroalimentaire et le transport fluvial. Enabel décrit ce projet comme un instrument destiné à opérationnaliser le Couloir Vert, notamment en améliorant les flux logistiques et commerciaux, la performance portuaire et la mobilisation du secteur privé.
À cette enveloppe s’ajoutent 7 millions d’euros consacrés à une nouvelle Business Development Facility. Le dispositif doit contribuer à attirer des investissements privés congolais et internationaux dans les territoires ciblés et à faciliter leur transformation en projets économiques. Les deux instruments représentent ainsi 22 millions d’euros de financements spécifiquement identifiés autour de la logistique, de l’agro-industrie et de l’investissement privé, même si le communiqué ne permet pas d’établir que ces montants doivent être additionnés intégralement aux 143 millions restant dans le programme bilatéral.
Le choix du Couloir Vert répond à une logique qui dépasse la seule conservation forestière. Dans son rapport d’activités 2025-2026, Enabel décrit cet axe comme un ensemble de plus de 2 600 kilomètres de routes et de voies fluviales reliant l’est du pays à Kinshasa, dans une zone comprenant environ 540 000 km² du bassin du Congo. L’agence y associe transformation agricole, transport fluvial, entrepreneuriat et investissement responsable.
Lobito replace la coopération dans l’économie des corridors
Au sud, la concentration sur Lobito rapproche le programme belge d’un corridor devenu central pour les investissements dans le cuivre, le cobalt, l’énergie, l’agriculture et les infrastructures. La Banque mondiale considère désormais Lobito comme une plateforme susceptible de relier les régions minières de la RDC et de la Zambie à l’Atlantique, mais souligne que les effets économiques dépendront de la capacité à développer des activités productives autour du rail plutôt qu’à organiser uniquement le transit des minerais.
Cette réorientation permet donc de lire autrement les 143 millions d’euros encore à mettre en œuvre. La question ne sera plus seulement de savoir combien la Belgique consacre à la coopération en RDC, mais quelle part de ces ressources se traduira en infrastructures fonctionnelles, entreprises financées, chaînes agricoles structurées et emplois le long des deux corridors.
Le premier indicateur arrivera rapidement. Après la fermeture prévue de 10 projets fin septembre, la nouvelle composition du portefeuille permettra de mesurer quelle fraction des moyens restants bascule effectivement vers les investissements économiques annoncés sur le Couloir Vert et Lobito.
Noella NGOLA









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