Kibali Gold domine très largement la filière aurifère industrielle congolaise. Les statistiques provisoires du ministère des Mines lui attribuent 11 894,30 kg au premier semestre 2026, soit 87,6 % des 13 581,11 kg issus de l’exploitation industrielle et 79,4 % de toute la production aurifère recensée dans le pays. Son poids apparaît encore plus élevé dans les exportations. Une précaution statistique reste toutefois nécessaire, car les données de Barrick expriment la production selon une autre base de mesure.
La Cellule Technique de Coordination et de Planification Minière, CTCPM, recense 14 985,18 kg d’or produits en RDC entre janvier et juin 2026. Sur ce volume, 13 581,11 kg proviennent de l’industrie et 1 404,06 kg de l’exploitation artisanale. Kibali Gold représente à elle seule 11 894,30 kg, loin devant Bendera Mining Company avec 1 241,30 kg et les autres opérateurs industriels recensés.
Selon un calcul de Lepoint.cd, Kibali fournit ainsi 87,6 % du volume industriel et 79,4 % de l’ensemble de la production aurifère enregistrée dans les statistiques nationales. Autrement dit, près de quatre kilogrammes d’or sur cinq comptabilisés dans le pays au premier semestre sont associés à un seul complexe minier.
Cette concentration explique pourquoi l’évolution de Kibali peut modifier à elle seule les performances statistiques de toute la filière aurifère congolaise.
Kibali représente 91 % du volume d’or exporté
Le poids de la mine est encore plus marqué lorsqu’on observe les exportations. La CTCPM attribue à Kibali 11 704,38 kg d’or industriel exporté sur un total industriel de 11 866,37 kg. La valeur associée à ces expéditions atteint 1,347 milliard USD, contre 1,368 milliard USD pour l’ensemble des exportations industrielles d’or.
Kibali concentre donc, selon les calculs de Lepoint.cd, 98,6 % du volume des exportations industrielles d’or et 98,5 % de leur valeur déclarée.
En ajoutant l’exploitation artisanale, la RDC a enregistré 12 859,15 kg d’or exporté pour une valeur totale de 1,505 milliard USD au premier semestre. Les seules expéditions attribuées à Kibali représentent ainsi environ 91 % du volume aurifère total exporté et 89,5 % de la valeur déclarée des exportations nationales d’or.
Ces 1,347 milliard USD ne doivent toutefois pas être assimilés aux recettes fiscales de l’État ni directement au chiffre d’affaires comptable de Kibali. Il s’agit de la valeur des exportations enregistrée dans le tableau statistique du ministère.
La structure actionnariale donne une autre lecture de ce poids économique. Kibali Goldmines est détenue à 45 % par Barrick Mining Corporation, 45 % par AngloGold Ashanti et 10 % par la Société Minière de Kilo-Moto, SOKIMO, entreprise publique congolaise. Barrick assure l’exploitation de la mine. (Barrick)
La part de 10 % détenue par SOKIMO ne signifie évidemment pas que l’État reçoit automatiquement 10 % de la valeur brute des exportations. Les revenus publics dépendent notamment de la fiscalité minière, des redevances, dividendes éventuels et autres obligations applicables.
Pourquoi les 11,9 tonnes de la CTCPM diffèrent des chiffres de Barrick
Un contrôle croisé fait apparaître une différence importante qu’il faut préserver dans le traitement journalistique. Alors que la CTCPM attribue 11 894,30 kg à Kibali dans son tableau de production industrielle, Barrick déclare pour les six premiers mois de 2026 une production de 297 000 onces sur une base de 100 % pour la mine. Cela correspond à environ 9,24 tonnes d’or fin. (Q4 CDN)
Les deux données ne doivent donc pas être présentées comme directement équivalentes.
Une partie de l’explication se trouve dans la nature du produit suivi par les statistiques congolaises. Dans son tableau consacré aux destinations, la CTCPM décrit les exportations de Kibali vers Rand Refinery en Afrique du Sud comme de l’« or sous forme brute de production industrielle » affichant une teneur comprise entre 81,01 % et 84 % d’or.
Le poids brut du produit aurifère exporté n’équivaut donc pas nécessairement au poids d’or fin contenu. Le rapport de la CTCPM ne précise cependant pas assez explicitement la base de pureté utilisée dans son tableau de production pour réconcilier complètement les deux séries. La formulation la plus rigoureuse consiste dès lors à parler de 11,9 tonnes de production industrielle recensée par la CTCPM, et non de 11,9 tonnes d’or fin.
Les résultats de Barrick confirment néanmoins l’importance économique de la mine. Sur une base attribuable à sa participation de 45 %, le groupe comptabilise 134 000 onces produites au premier semestre 2026, contre 138 000 un an auparavant, soit un recul d’environ 3 %. Ses ventes attribuables à Kibali atteignent en revanche 654 millions USD, contre 417 millions USD au premier semestre 2025.
La conclusion demeure nette malgré les différences de méthodologie. Kibali domine non seulement la production industrielle recensée en RDC, mais représente aussi autour de neuf dixièmes de la valeur aurifère exportée enregistrée au premier semestre. Cette dépendance à un seul actif industriel montre à la fois la puissance de Kibali et le chemin qui reste à parcourir pour élargir la base productive de l’or congolais.
Noella NGOLA









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