La MIGA, bras du Groupe de la Banque mondiale spécialisé dans la couverture des risques politiques, garantit 62,6 millions USD d’investissements en fonds propres de Mota-Engil dans Lobito Atlantic Railway. Cette somme ne constitue pas un nouveau prêt au corridor. Elle protège le capital de l’opérateur portugais contre l’expropriation, les conflits et certains manquements contractuels, après le bouclage de 753 millions USD de dette pour moderniser la ligne angolaise utilisée notamment par le cuivre et le cobalt congolais.
Le montage financier du corridor ferroviaire de Lobito vient de recevoir une nouvelle couche de protection. La Multilateral Investment Guarantee Agency, MIGA, a annoncé le 10 septembre l’émission de 62,6 millions USD de garanties au bénéfice de Mota-Engil, l’un des actionnaires de Lobito Atlantic Railway.
Contrairement à un financement bancaire, ces 62,6 millions USD ne sont pas versés à l’entreprise pour construire la voie ferrée. La garantie couvre les investissements en fonds propres de Mota-Engil dans le concessionnaire contre trois catégories de risques politiques et contractuels retenues par la MIGA, soit l’expropriation, la guerre et les troubles civils ainsi que la rupture de contrat.
L’opération réduit ainsi le risque supporté par le capital privé engagé dans une concession ferroviaire de trente ans. Lobito Atlantic Railway réunit Mota-Engil, Trafigura et Vecturis et exploite la ligne angolaise reliant le port de Lobito à Luau, à la frontière congolaise. La section exploitée en Angola mesure précisément 1 289 kilomètres, généralement arrondis à 1 300 kilomètres, auxquels s’ajoute le terminal minéralier du port.
Après 753 millions USD de dette, la MIGA sécurise le capital privé
La nouvelle garantie doit être distinguée des financements déjà mobilisés pour la modernisation du corridor. En décembre 2025, la Development Finance Corporation américaine avait signé un prêt de 553 millions USD, complété par 200 millions USD de la Development Bank of Southern Africa. Ces deux lignes représentent 753 millions USD de dette senior.
La DBSA a annoncé en juillet 2026 le bouclage financier d’un projet global évalué à 786 millions USD, comprenant la réhabilitation de la voie, les équipements ferroviaires et les capacités opérationnelles. Lepoint.cd avait déjà consacré un article à ce financement. La décision de la MIGA constitue donc une mise à jour de la structure financière plutôt qu’une nouvelle enveloppe de 62,6 millions USD ajoutée aux prêts existants.
Cette distinction permet de comprendre le modèle retenu. Les banques de développement financent une grande partie des investissements par dette, tandis que la MIGA contribue à rendre le capital des actionnaires plus résistant aux risques non commerciaux pouvant affecter un projet de plusieurs décennies.
La DFC estime que les investissements doivent permettre de multiplier par dix la capacité de transport de la ligne jusqu’à 4,6 millions de tonnes par an et de réduire jusqu’à 30 % les coûts de transport de certains minerais critiques.
Lobito Atlantic Railway indique actuellement exploiter 12 trains par semaine, avec un objectif de 20 en 2027. L’opérateur présente également le trajet ferroviaire entre Lobito et Kolwezi comme réalisable en environ sept jours.
Pour la RDC, la garantie porte d’abord sur le tronçon angolais
L’intérêt congolais doit cependant être précisément circonscrit. La garantie MIGA annoncée concerne l’investissement de Mota-Engil dans la concession angolaise, et non directement le financement des travaux ferroviaires en territoire congolais.
La connexion avec la RDC intervient à Luau. Lobito Atlantic Railway dispose d’un accord d’accès au réseau de la Société nationale des chemins de fer du Congo pour environ 450 kilomètres entre la frontière et Kolwezi. Les wagons peuvent circuler entre les deux réseaux grâce à un écartement compatible.
Pour le cuivre et le cobalt de la Copperbelt congolaise, l’amélioration du tronçon angolais reste néanmoins déterminante puisqu’elle offre un accès ferroviaire vers l’Atlantique en concurrence avec les longues chaînes logistiques routières utilisées vers d’autres ports. La MIGA qualifie elle-même Lobito de l’une des routes les plus courtes et compétitives entre la Copperbelt congolaise et les marchés internationaux.
Le trafic doit également soutenir l’emploi en Angola. La MIGA prévoit plus de 1 600 emplois directs au pic de l’exploitation, dont 97 % occupés par des ressortissants angolais. LAR compte actuellement environ 945 travailleurs, dont 529 transférés des entreprises ferroviaires et portuaires publiques.
Pour la RDC, le prochain indicateur ne sera donc pas le montant de la garantie en lui-même, mais la capacité du dispositif financier désormais assemblé à produire davantage de trains, des coûts logistiques inférieurs et des volumes croissants de cuivre et de cobalt effectivement acheminés depuis Kolwezi vers Lobito. La modernisation du tronçon congolais jusqu’à Dilolo restera parallèlement déterminante pour que ces gains potentiels se matérialisent sur l’ensemble du parcours.
H. KABAMBA









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