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AFD maintient 13,7 milliards d’euros d’engagements en 2025, mais bascule vers plus de prêts et moins de dons

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En 2025, le groupe Agence française de développement enregistre 13,7 milliards d’euros de nouveaux engagements, un niveau identique à 2024, avec près de 1 000 nouveaux projets. Plus de 4 300 projets sont en cours dans le monde et l’Afrique concentre environ 38 milliards d’euros de portefeuilles, soit la moitié des encours. Dans le même temps, la structure des financements se transforme, les prêts représentent désormais 90 % de l’activité, les dons seulement 10 %, ce qui pèse directement sur les pays les plus vulnérables et sur les secteurs sociaux.

Climat, réorientation des flux et montée en puissance des prêts, ce que disent les chiffres

Le premier signal fort, c’est la place donnée au climat. Sur les 13,7 milliards d’euros engagés en 2025, 7,4 milliards d’euros vont à des projets qui contribuent à la lutte contre le réchauffement, soit près de 60 % de l’activité totale. L’AFD rappelle qu’elle suit depuis dix ans la trajectoire de l’Accord de Paris, avec un système d’évaluation interne et externe des impacts qui sert aussi de base à l’émission de 8,2 milliards d’euros d’obligations en 2025, dont environ 60 % sont adossés à ces indicateurs.

Sur le terrain, ces montants se traduisent par des résultats mesurables. Pour la seule année 2025, 3,5 millions de personnes doivent bénéficier d’un meilleur accès aux soins et 1,5 million d’un meilleur accès aux transports urbains. Sur la période 2015 à 2025, l’AFD comptabilise plus de 75 millions de personnes ayant obtenu l’accès à l’eau potable et plus de 70 millions d’hectares protégés, soit l’équivalent de la surface de la Turquie, ce qui illustre l’ancrage de l’institution dans les politiques climat et environnement.

La géographie des financements montre un déplacement des priorités. La part de l’Afrique dans les nouveaux engagements recule, elle passe de 38 % en 2024 à 30 % en 2025. Le Proche Orient voit aussi ses volumes diminuer, alors que les territoires ultramarins français progressent de 17 % et l’Amérique latine de 44 %. Dans les Outre mer, le volume atteint 1,7 milliard d’euros, avec un prêt de 800 millions d’euros garanti par l’État pour la Nouvelle Calédonie, une nouvelle centrale géothermique en Guadeloupe et des projets d’irrigation à La Réunion à partir des eaux usées traitées.

Sur le plan sectoriel, la contraction des crédits publics apparaît immédiatement. Les financements en santé et protection sociale reculent de 24 %, avec un plongeon de 66 % pour l’Initiative en santé mondiale en 2025. La formation professionnelle et l’éducation chutent de 49 %. À l’inverse, l’énergie progresse de 29 % et la gouvernance et la gestion des migrations de 75 %. Concrètement, les secteurs sociaux absorbent la baisse des crédits budgétaires, tandis que les secteurs liés à l’énergie et à la gestion des États prennent davantage de place dans le portefeuille.

La nature des instruments confirme ce basculement. En 2023, la répartition était de 80 % de prêts et 20 % de dons, en 2025, les prêts représentent 90 % de l’activité contre 10 % pour les dons. Pour les États les plus pauvres, cela signifie une part croissante de financement sous forme de dette, même lorsque les prêts restent concessionnels, et une marge réduite pour les subventions pures.

Sur le plan institutionnel, les trois entités du groupe conservent des volumes élevés, 10 milliards d’euros d’engagements pour l’AFD en 2025, 3,2 milliards d’euros pour Proparco et 565 millions d’euros pour Expertise France. Les décaissements attendus atteignent 9,5 milliards d’euros, dont 2 milliards d’euros pour Proparco, ce qui traduit une capacité à transformer les signatures en flux financiers réels.

L’AFD reste présente sur plusieurs fronts sensibles, soutien à l’accès à l’eau et à la santé dans le Sud Liban, appui à Odessa et Lviv en Ukraine, accompagnement des start up ukrainiennes via Proparco, financement de la sortie du charbon en Afrique du Sud, projets portuaires et locaux au Maroc, interventions en Amazonie sur les câbles sous marins, la bioéconomie et le capital naturel. Le groupe suit aussi des dossiers jugés stratégiques pour l’Europe, minerais de la transition, géospatial avec l’agence spatiale rwandaise, marchés carbone dans une vingtaine de pays, lutte contre le narcotrafic dans le cadre de programmes européens.

Au plan économique, la France tire aussi profit de cette activité. En 2025, 86 % des projets financés impliquent au moins un acteur français. Les retombées sont estimées à 2,5 milliards d’euros, contre 1,5 milliard dix ans plus tôt. Le groupe a noué des partenariats structurants avec Orange et Veolia et soutient plus de 110 projets de coopération portés par les collectivités territoriales depuis la création du dispositif dédié il y a dix ans. Les organisations de la société civile bénéficient de 112 millions d’euros en 2025, pour un secteur estimé à 50 000 emplois.

La capacité de mobilisation financière ressort clairement des chiffres. Proparco atteint en 2025 un ratio de 1 pour 1, chaque euro engagé permet de mobiliser un euro de capitaux privés, tandis que le groupe reste l’un des premiers bénéficiaires des crédits de la Commission européenne, avec 1,4 milliard d’euros cette année. Au total, 1,6 milliard d’euros sont mobilisés en 2025, contre 1 milliard d’euros en 2024, soit une hausse de 60 %. L’AFD met aussi en avant son rôle dans le réseau des banques publiques de développement, au sein de l’initiative Finance in Common, et sa coopération renforcée avec la Banque mondiale ainsi qu’avec de grandes fondations françaises et internationales.

L’institution résume son effet d’entraînement de manière simple, pour 1 euro voté par le Parlement français, 12 euros sont investis sur le terrain avec les partenaires, ce qui donne une idée de l’effet de levier global de son modèle financier, tout en laissant en toile de fond la question du niveau des crédits budgétaires de départ.

Sur le plan interne, le groupe affiche un résultat net moyen supérieur à 250 millions d’euros par an depuis dix ans, sans année de perte, y compris durant la pandémie. Les fonds propres ont doublé entre 2015 et 2025 pour dépasser 10 milliards d’euros. La productivité progresse, environ 50 % de dossiers en plus par salarié, et 70 accords d’entreprise ont été signés en dix ans.

Enfin, le regroupement programmé en 2027 de toutes les équipes parisiennes sur un seul site à la gare d’Austerlitz doit réduire de 20 % les frais de fonctionnement liés aux bâtiments et de 22 % les surfaces, le tout financé dans un contexte de taux bas, sans appel à des crédits supplémentaires du contribuable. L’AFD présente ce projet comme un outil de rationalisation interne et un futur pôle d’accueil pour les organisations internationales souhaitant s’installer à Paris, en cohérence avec la loi française du 4 août 2021 sur le développement solidaire et la lutte contre les inégalités mondiales.

M. KOSI

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