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Afrique : 97 milliards de dollars d’IDE en 2024, mais l’Égypte capte près de la moitié des flux

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Quand les records masquent des écarts profonds

En 2024, le continent africain franchit un seuil inédit avec 97 milliards de dollars d’investissements directs étrangers (IDE), selon les dernières données compilées par l’ONU et des institutions financières internationales. Mais derrière cette performance, la réalité révèle des écarts saisissants et une géographie de l’investissement redessinée.

L’Égypte, sans surprise, concentre l’essentiel de ces flux. 46,6 milliards de dollars d’IDE, soit 48 % du total africain, se sont orientés vers Le Caire et ses mégaprojets. L’accord colossal sur Ras El-Hekma (35 milliards) symbolise cette attractivité, renforcée par des réformes de structure : allègement du cadre réglementaire, accès facilité aux marchés et stabilité macroéconomique renforcée. L’Égypte confirme ainsi sa position de carrefour financier, soutenue par un appétit soutenu pour les infrastructures et le tourisme haut de gamme.

La Zambie signe la progression la plus spectaculaire, affichant une croissance de +1340 % des IDE, portée par des investissements miniers et énergétiques, à la faveur d’un environnement politique jugé plus lisible et d’une réglementation minière clarifiée. D’autres pays, comme la Côte d’Ivoire, le Mozambique ou la Guinée, s’inscrivent également dans cette dynamique, enregistrant des hausses à deux chiffres, principalement dans l’agrobusiness, les mines et les télécommunications.

En revanche, des marchés réputés pour leur potentiel peinent à convaincre. Le Nigeria subit une contraction alarmante, voyant ses IDE tomber à 1,08 milliard de dollars, contre 1,87 milliard un an plus tôt (–42 %). L’instabilité monétaire, la complexité réglementaire et les incertitudes sécuritaires freinent la confiance des capitaux internationaux. L’Afrique du Sud, la Namibie ou le Sénégal n’échappent pas à la tendance, enregistrant eux aussi des sorties ou des ralentissements marqués.

La structure des investissements reste dominée par les secteurs extractifs. Pétrole, gaz et minerais forment le socle d’une grande partie des flux, notamment en Afrique subsaharienne. L’Angola, le Ghana ou l’Afrique du Sud continuent d’attirer des investisseurs dans l’exploitation minière, ce qui leur confère une certaine résilience face aux chocs mondiaux. Mais cette dépendance interroge la capacité des économies africaines à diversifier leur base productive et à stimuler l’industrie locale.

La démographie agit comme un levier secondaire : 1,2 milliard d’habitants, dont une large proportion de jeunes, nourrissent l’essor des télécoms, du commerce de détail et des services bancaires, secteurs dans lesquels s’engouffrent les multinationales. Plusieurs groupes, notamment en téléphonie et dans la grande distribution, multiplient les annonces de nouveaux investissements, cherchant à s’ancrer durablement dans la croissance africaine.

Enfin, les efforts de réformes engagés par de nombreux États commencent à porter leurs fruits. Réduction des délais de création d’entreprise, incitations fiscales ciblées, simplification des procédures douanières : ces mesures améliorent la perception du risque pays et contribuent à attirer des projets industriels, comme l’illustrent les performances ivoiriennes ou zambiennes.

L’Afrique reste un marché d’opportunités réelles pour l’IDE, mais dont la trajectoire repose toujours sur la capacité à stabiliser les cadres réglementaires et monétaires, à diversifier les économies et à répondre à la demande interne croissante.

— M. MASAMUNA

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