Les économies africaines continuent de supporter des coûts de financement supérieurs à ceux de pays comparables. Certaines études évaluent cette « prime africaine » jusqu’à 2,9 points de pourcentage, tandis que d’autres estiment qu’une partie s’explique par la faiblesse des institutions, la transparence budgétaire et la profondeur limitée des marchés financiers.
L’Afrique ne manque pas seulement de capitaux. Elle peine aussi à convaincre les investisseurs que les risques associés à ses projets correspondent aux rendements demandés.
Dans une analyse consacrée au coût du capital sur le continent, Guy Kioni, conseiller en stratégie géoéconomique et minerais critiques, estime que les investisseurs internationaux continuent parfois d’évaluer les opportunités africaines à partir de perceptions anciennes, d’une connaissance limitée des marchés et d’une visibilité insuffisante sur les projets disponibles. Cette situation créerait une « prime de perception » qui s’ajoute aux risques économiques réellement observables. Elle peut se traduire par des taux d’intérêt plus élevés, des exigences de garanties plus strictes, des durées de financement réduites ou une moindre disposition des investisseurs à engager des capitaux à long terme.
L’analyse rejoint les constats de Nsiona Impact. L’organisation observe que des obligations souveraines africaines notées dans la même catégorie que celles d’autres économies émergentes présentent souvent des écarts de rendement plus élevés, même lorsque la qualité de crédit affichée est comparable.
Une prime africaine estimée jusqu’à 2,9 points
La mesure exacte de cette pénalité reste débattue. Une étude citée par le Fonds monétaire international estime que les États d’Afrique subsaharienne ont payé environ 2,9 points de pourcentage supplémentaires pour emprunter sur les marchés internationaux, après prise en compte des notes de crédit, des caractéristiques des obligations et de plusieurs données macroéconomiques.
D’autres travaux ont relevé une surtarification d’environ 338 points de base, soit 3,38 points de pourcentage. Une telle différence peut représenter des centaines de millions de dollars d’intérêts supplémentaires sur une émission obligataire importante et réduire les ressources disponibles pour les infrastructures, l’énergie, la santé ou l’éducation.
Les conclusions ne sont toutefois pas uniformes. Une autre analyse du FMI indique que cette prime diminue fortement lorsque sont intégrés la faiblesse des systèmes financiers nationaux, le manque de transparence budgétaire, l’importance de l’économie informelle et la qualité des institutions. Cette lecture ne supprime pas entièrement le problème de perception. Elle montre plutôt que le coût du financement résulte de plusieurs facteurs qui se renforcent mutuellement. Les investisseurs peuvent surestimer certains risques, mais les États doivent aussi améliorer la fiabilité des données, la gouvernance, la prévisibilité réglementaire et la préparation des projets.
La notation souveraine joue également un rôle déterminant. En juin 2025, seuls le Botswana et Maurice figuraient dans la catégorie investissement parmi les 34 pays d’Afrique subsaharienne disposant d’au moins une notation souveraine. Les autres étaient principalement classés dans les catégories spéculatives, associées à des taux plus élevés et à des volumes de financement plus réduits.
Les minerais critiques doivent être présentés comme des projets finançables
Pour Guy Kioni, la correction de cette perception passe par une diplomatie économique plus structurée et par la construction de récits d’investissement appuyés sur des données vérifiables.
Dans les minerais critiques, l’énergie de transition et les marchés du carbone, l’existence d’importantes ressources naturelles ne suffit pas à mobiliser les investisseurs. Les projets doivent disposer d’études techniques, d’un modèle financier, de contrats d’achat, d’infrastructures logistiques, d’une alimentation énergétique fiable et d’un cadre réglementaire stable.
La République démocratique du Congo illustre directement cette difficulté. Le pays dispose d’une position dominante dans plusieurs chaînes minières, mais cette importance géologique ne se transforme pas automatiquement en capitaux moins coûteux.
Les investisseurs évaluent aussi les risques de change, la fiscalité, la stabilité des contrats, les coûts de transport, l’accès à l’électricité, la gouvernance des entreprises publiques et la capacité des institutions à faire respecter les règles. L’amélioration du récit économique ne peut donc pas consister à remplacer une image négative par une communication promotionnelle. Elle doit rendre visibles les données sur les réserves, les coûts, les contrats, la traçabilité, les revenus publics et les résultats industriels.
Une meilleure documentation permettrait de différencier les pays et les projets au lieu de traiter l’Afrique comme une catégorie de risque uniforme. Elle aiderait aussi les investisseurs à identifier les entreprises et les infrastructures dont les performances réelles sont meilleures que ne le suggèrent les perceptions générales. L’enjeu pour les gouvernements africains consiste ainsi à agir sur deux fronts. Ils doivent réduire les risques réels par des réformes institutionnelles et présenter plus efficacement les opportunités au moyen de projets prêts à financer, de données accessibles et d’une communication économique cohérente.
La quantité de capitaux pouvant être libérée reste difficile à isoler. Elle dépendra de la capacité des États et des promoteurs à convertir les ressources naturelles, les ambitions climatiques et les besoins d’infrastructures en dossiers dont le risque peut être mesuré, réparti et rémunéré de manière crédible.
— M. KOSI









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