La province de la Tshopo entre dans une nouvelle ère agricole : un million de jeunes plants distribués aux agriculteurs, c’est la mesure phare annoncée à Kinshasa par le ministère de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire. Cet engagement s’inscrit dans le cadre du Programme de soutien à la mise en valeur durable des savanes et forêts dégradées (PSFD), dont la quatrième réunion du comité de pilotage vient de s’achever.
La répartition massive de plantules n’est pas un simple geste symbolique. C’est un levier concret pour accélérer la productivité et restaurer des terres appauvries par des années d’exploitation ou de négligence. La RDC, dont près de 60 % de la population active dépend de l’agriculture, peine encore à assurer la sécurité alimentaire alors que le pays dispose de 80 millions d’hectares de terres arables, selon la FAO. Cette initiative marque donc une volonté de transformation structurelle.
Le ministre d’État à l’Agriculture, Grégoire Mutshayi Mutomb, a insisté sur la nécessité de « prendre la revanche du sol sur le sous-sol ». L’objectif est clair : rééquilibrer l’économie nationale, historiquement centrée sur le secteur minier, en offrant à l’agriculture une place de choix dans la création de valeur.
Pourtant, le programme PSFD a pris du retard, reconnu par Bavon N’sa Mputu, secrétaire exécutif du Fonds national REDD+ (FONAREDD). Ce constat n’a pas empêché l’annonce d’un projet inédit : la construction imminente d’une usine de transformation du café, une première en Afrique centrale. Un signal fort pour la chaîne de valeur agricole locale, car la transformation sur place peut tripler les revenus des producteurs et réduire la dépendance aux exportations de matières premières brutes.
En RDC, la transformation locale des produits agricoles représente un enjeu macroéconomique : elle réduit la facture d’importation, soutient l’emploi rural et participe à la stabilisation des prix. Dans un contexte d’instabilité du franc congolais et de pressions inflationnistes, chaque avancée vers l’autosuffisance limite la vulnérabilité de la balance commerciale et améliore la résilience monétaire du pays.
La réussite du projet dépendra du suivi logistique, du financement effectif et de la capacité des agriculteurs à s’approprier ces nouvelles ressources. L’évolution du PSFD et la mise en route de l’usine de café seront donc observées de près, car elles pourraient servir de modèle pour d’autres provinces confrontées aux mêmes défis structurels.
— M. KOSI

