Le lithium extrait du sous-sol de Manono, dans le sud-est de la République démocratique du Congo, devait propulser le pays sur le devant de la scène mondiale des matières premières stratégiques. Mais derrière la façade des discours sur la « batterie du futur », le projet illustre surtout la difficulté de transformer l’abondance en véritable atout national.
L’enquête de Global Witness dévoile un circuit financier difficilement justifiable : 28 millions de dollars ont été canalisés via des sociétés écrans autour de l’accord principal, révélant un système d’intermédiaires et de commissions qui sape la confiance dans la transparence du secteur. Parmi les bénéficiaires, un proche du pouvoir aurait touché 1,6 million de dollars. Ce schéma, loin d’être isolé, s’inscrit dans une pratique qui pèse lourd sur la rentabilité à long terme des ressources minières du pays.
Lithium : une manne qui échappe au contrôle congolais
Manono est devenu un terrain de bataille juridique opposant des groupes australiens et chinois, chaque camp cherchant à verrouiller sa position sur l’une des plus vastes réserves africaines. Ce bras de fer se double d’un constat : la RDC a laissé filer la majorité de ses droits sur le site pour un montant très inférieur à la valeur réelle du gisement. Selon l’Agence congolaise de prévention et de lutte contre la corruption, les termes de la vente s’apparentent à une cession à perte pour l’État, réduisant à néant l’espoir d’un effet d’entraînement sur le développement local ou le budget national.
Sur le plan macroéconomique, le lithium, qui a vu son prix mondial être multiplié par plus de quatre entre 2021 et 2022 (chiffres Benchmark Mineral Intelligence), incarne la mutation de l’industrie automobile vers l’électrique. Manono pouvait, sur le papier, générer des centaines de millions de dollars annuels pour la RDC si le cadre contractuel protégeait vraiment les intérêts nationaux. Or, la majeure partie des flux financiers liés au projet ne transitent pas par le Trésor public mais par des structures offshore, limitant d’autant la marge de manœuvre de la politique monétaire congolaise.
Les attentes, sur le terrain, contrastent avec la réalité : peu d’emplois créés, infrastructures invisibles, et des communautés qui observent, impuissantes, le déploiement d’un projet pensé ailleurs. Le lithium, “pétrole blanc” du XXIᵉ siècle, risque de reproduire le scénario classique d’une richesse exploitée, mais largement captée hors du pays.
— Peter MOYI


