L’ONU veut aider les pays riches en minerais critiques à dépasser le rôle de simples fournisseurs de matières premières. Son nouveau mécanisme d’appui doit soutenir la gouvernance, la mobilisation des investissements et la création de valeur locale dans les chaînes de la transition énergétique.
La compétition mondiale pour les minerais nécessaires à la transition énergétique ne déterminera pas seulement l’avenir des technologies propres. Elle influencera aussi les trajectoires d’industrialisation, les rapports de force géopolitiques et la capacité des pays producteurs à transformer leurs ressources en développement durable.
Cette question a dominé la première réunion de haut niveau des Nations Unies consacrée aux minerais critiques de la transition énergétique, suivie d’une session de travail de la Task Force on Critical Energy Transition Minerals. L’objectif affiché est désormais de passer des principes généraux à leur mise en œuvre dans les pays concernés.
Les discussions prolongent les travaux du panel du Secrétaire général de l’ONU sur les minerais critiques, qui avait formulé des principes directeurs et des recommandations destinés à encadrer une exploitation plus responsable et plus équitable. Le message défendu cette semaine est clair. La transition énergétique ne doit pas reproduire un modèle dans lequel les pays producteurs exportent les matières premières tandis que la transformation, la fabrication et les emplois industriels restent concentrés ailleurs.
Les États disposant de cobalt, de cuivre, de lithium, de nickel, de graphite ou d’autres minerais stratégiques veulent capter une part plus importante de la valeur créée. Cela passe par le traitement local des minerais, la fabrication de composants, la formation de compétences, le développement d’industries nationales et la création d’emplois qualifiés.
Pour la République démocratique du Congo, cette orientation rejoint directement le débat sur la transformation locale du cuivre et du cobalt. Le pays occupe une place centrale dans plusieurs chaînes mondiales d’approvisionnement, mais une grande partie de la valeur est encore créée après l’exportation des minerais ou de produits semi-transformés.
Plus de 20 organisations réunies dans un mécanisme d’appui
L’ONU reconnaît toutefois qu’aucun gouvernement ne peut construire seul des chaînes de valeur minières complètes. La réussite dépendra de la coopération entre les États, les entreprises, les investisseurs, les institutions financières de développement, les travailleurs, les communautés locales, les peuples autochtones et les organisations de la société civile.
La Task Force des Nations Unies et son Country Support Mechanism doivent coordonner l’action de plus de 20 entités onusiennes et organisations internationales. Ce dispositif prévoit d’aider les pays à renforcer la gouvernance du secteur, améliorer leurs capacités institutionnelles, préparer des stratégies de transformation locale et mobiliser des investissements.
Cet appui pourrait porter sur la qualité des cadres réglementaires, la préparation des projets, la négociation avec les investisseurs, la planification industrielle et l’intégration des exigences environnementales et sociales. La capacité à transformer ces accompagnements en projets financés restera néanmoins déterminante.
Pour les pays producteurs, la difficulté ne réside pas seulement dans l’existence de minerais. Les investissements industriels exigent une énergie disponible, des infrastructures de transport, des compétences techniques, une fiscalité prévisible et des marchés capables d’absorber les produits transformés.
La coopération internationale intervient également dans un contexte de concurrence accrue entre les grandes puissances. Les États-Unis, l’Union européenne, la Chine et plusieurs économies asiatiques cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en minerais critiques. Cette pression peut créer de nouvelles opportunités pour les pays producteurs, mais aussi renforcer les risques de dépendance, de contrats déséquilibrés ou de concentration des chaînes de valeur.
L’ONU veut éviter que cette compétition ne provoque une baisse des normes sociales, environnementales et fiscales. Elle défend plutôt une course à la création de valeur, à l’investissement durable et au partage des bénéfices.
La prochaine étape sera d’évaluer les projets effectivement accompagnés par le mécanisme d’appui, les investissements mobilisés et la part de transformation supplémentaire réalisée dans les pays producteurs. C’est à partir de ces résultats que pourra être mesurée la capacité de l’initiative à modifier concrètement l’économie des minerais critiques.
— J. KAKESA









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