Projet d’identification nationale en RDC : de 360 millions à 1,2 milliard de dollars, une escalade des coûts

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Lors du conseil des ministres du 12 juillet, le Président Félix Tshisekedi a exprimé son mécontentement face à la lenteur du projet de délivrance des cartes d’identité nationales. Ce projet, lancé en 2020, peine à se concrétiser malgré les promesses initiales et les attentes de la population. Le Président a donc exigé du Vice-Premier Ministre en charge de l’Intérieur un rapport détaillé et sans complaisance sur l’état d’avancement de ce projet, avec pour objectif d’accélérer sa mise en œuvre.

Le projet de modernisation du système d’identification nationale, un des axes prioritaires du mandat de Félix Tshisekedi depuis 2019, a été marqué par une explosion des coûts. Initialement estimé à 360 millions de dollars par l’Office National d’Identification de la Population (ONIP), le budget a grimpé à 1,2 milliard de dollars après la sélection du consortium franco-congolais Idemia-Afritech. Ce montant englobe la fourniture de 8 000 kits d’enregistrement biométrique, l’ouverture de plusieurs centaines de centres d’inscription, et la production de 10 000 cartes d’identité réservées en priorité à l’élite de Kinshasa. Ces coûts exorbitants ont suscité des interrogations au niveau national et international, certains évoquant même une possible « vaste escroquerie« .

Le projet continue d’être entouré de controverses, en partie dues à l’absence de transparence lors du processus d’appel d’offres. La Banque mondiale, initialement sollicitée pour un financement partiel, s’est retirée, citant des préoccupations sur ce point. De plus, un rapport publié en juin par l’Inspection Générale des Finances (IGF) critique sévèrement le consortium, l’accusant de ne pas disposer des fonds nécessaires et de proposer des coûts d’infrastructure excessifs. Idemia, quant à elle, a démenti toute implication directe dans un contrat avec le gouvernement congolais, affirmant qu’elle n’était liée qu’à Afritech pour la création du registre d’état civil. Ces incertitudes continuent de planer sur la capacité réelle du consortium à mener à bien ce projet complexe.

Pendant ce temps, la population congolaise est toujours privée de carte d’identité officielle, une situation qui complique considérablement leur vie quotidienne. De nombreux citoyens, comme Chancel, un habitant de Kinshasa de 40 ans, ou Mario, 28 ans, se trouvent dans l’incapacité d’accéder à des services bancaires ou de saisir des opportunités d’emploi en raison de l’absence d’une pièce d’identité reconnue. Jusqu’à présent, seules quelques centaines de cartes ont été délivrées, principalement à des membres de l’élite, laissant la grande majorité de la population dans l’attente.

Le projet de délivrance des cartes d’identité en RDC se trouve à un moment critique. Avec des coûts en hausse et des doutes persistants sur la transparence et l’efficacité du processus, il est impératif que le gouvernement agisse rapidement pour redresser la situation. La réussite de ce projet est essentielle non seulement pour l’administration de l’État, mais aussi pour la sécurité et le bien-être des citoyens congolais.

Peter MOYI

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