La situation des entreprises publiques congolaises s’impose comme l’un des principaux points de fragilité de l’économie nationale. Dans son dernier rapport, la Banque mondiale met en évidence une dérive progressive des équilibres financiers, avec une dette du secteur public marchand estimée à 7,3 % du PIB en 2023, contre 5,7 % quatre ans plus tôt. Cette dette représente désormais près de 42 % de l’endettement extérieur du pays, avec une concentration marquée autour de quelques grandes entités, notamment la Société nationale d’électricité, qui à elle seule en porte environ les trois quarts.
Au-delà des chiffres de dette, c’est la trajectoire globale qui interpelle. Sur la période 2014-2023, les entreprises publiques ont généré des pertes cumulées de 5,3 milliards USD, soit en moyenne plus d’un demi-milliard de dollars par an. Ce niveau de pertes équivaut pratiquement aux dépenses annuelles consacrées à la santé, ce qui illustre le poids réel de ces contre-performances sur les marges budgétaires de l’État. Dans les faits, ces entreprises continuent d’occuper des secteurs clés – énergie, eau, transport ou mines – mais sans parvenir à traduire cette position en efficacité économique ou en qualité de service.
Les tensions de trésorerie révèlent un système sous contrainte permanente. Les créances mettent parfois plus de 1 400 jours à être recouvrées, signe d’un dysfonctionnement profond dans les mécanismes de facturation et de paiement. En parallèle, les dettes envers les fournisseurs s’accumulent sur plusieurs années, certaines dépassant trois ans, ce qui montre que le recours aux arriérés est devenu un mode de gestion courant. À cela s’ajoutent des engagements fiscaux non honorés estimés à 1,6 % du PIB, ainsi que des passifs sociaux importants, avec des retards de paiement des salaires pouvant atteindre plusieurs années dans certaines structures.
Derrière ces déséquilibres financiers, le rapport met en cause l’organisation même de la gouvernance. Si le ministère du Portefeuille est censé piloter la fonction d’actionnaire de l’État, l’intervention persistante d’autres ministères dans la gestion quotidienne brouille les responsabilités et affaiblit les mécanismes de contrôle. Cette fragmentation s’accompagne d’un déficit de transparence : une partie significative des entreprises ne publie pas régulièrement ses états financiers et fonctionne sans outils modernes de gestion ni audit indépendant structuré.
Cette situation n’est pas nouvelle, mais elle devient plus visible dans un contexte où l’État cherche à améliorer ses performances macroéconomiques. Les états généraux du portefeuille, organisés fin 2024, avaient déjà mis en lumière ces faiblesses et appelé à une transformation en profondeur du secteur. Plus récemment, le chef de l’État a insisté sur la nécessité de revoir la place réelle de l’État dans les entreprises d’économie mixte, soulignant que sa participation y est souvent devenue marginale, sans impact réel sur les décisions stratégiques.
La question posée est désormais celle de la capacité de ces entreprises à devenir autre chose qu’un centre de coûts. Leur redressement représente un enjeu direct pour les finances publiques, mais aussi pour la qualité des services essentiels à l’économie. Sans réforme de la gouvernance, amélioration des mécanismes de contrôle et clarification des responsabilités, elles continueront de peser sur l’équilibre budgétaire, dans un pays où la croissance reste largement tirée par les ressources minières.
— M. KOSI


