Alors que l’économie congolaise affiche depuis plusieurs années des taux de croissance parmi les plus élevés d’Afrique, les retombées sur le niveau de vie des populations demeurent limitées.
Un nouveau rapport du PNUD révèle une réalité préoccupante : près de 68 % des Congolais vivent encore dans la pauvreté.
La croissance économique ne suffit pas. C’est l’un des principaux enseignements du premier Policy Brief 2026 du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), consacré à la géographie de la pauvreté en République démocratique du Congo.
Selon les données de l’Enquête sur les conditions de vie des ménages (ECVM 2024), l’incidence de la pauvreté atteint 67,9 % à l’échelle nationale. Un niveau qui éloigne davantage le pays de l’Objectif de développement durable (ODD) visant l’éradication de l’extrême pauvreté d’ici 2030.
Une économie à deux vitesses
Derrière cette moyenne nationale se cachent d’importantes disparités territoriales. Si Kinshasa affiche un taux de pauvreté de 52,6 %, le plus faible du pays, plusieurs provinces de l’intérieur enregistrent des niveaux supérieurs à 75 %.
Le Kasaï-Central (79,8 %), le Kwilu (79,2 %), le Tanganyika (78,5 %) et le Kasaï-Oriental (77,9 %) figurent parmi les provinces les plus touchées. À l’opposé, le Haut-Katanga, le Lualaba et le Kongo Central bénéficient davantage des activités minières, commerciales ou portuaires, ce qui contribue à maintenir leur taux de pauvreté sous la moyenne nationale.
A en croire le PNUD, cette géographie de la pauvreté traduit l’existence d’une économie nationale profondément déséquilibrée, où la création de richesse reste concentrée dans quelques pôles urbains et miniers.
L’une des principales innovations du rapport réside dans la construction d’indices permettant d’évaluer l’impact potentiel des politiques publiques sur la réduction de la pauvreté.
L’analyse montre qu’à ressources limitées, l’État obtient davantage de résultats en concentrant ses investissements dans les territoires où la pauvreté est à la fois élevée et démographiquement importante.
À ce titre, quatre provinces émergent comme des priorités absolues : Kwilu, Haut-Uélé, Tanganyika et Kasaï-Central.
Elles cumulent une forte incidence de pauvreté et un poids significatif dans la pauvreté nationale.
Dans la foulée, le PNUD recommande également une attention particulière à Kinshasa, au Nord-Kivu, à l’Ituri et au Haut-Katanga, dont l’importance démographique leur confère un effet de levier considérable sur les indicateurs nationaux.
Par ailleurs, ce rapport remet implicitement en question le modèle de croissance observé en RDC au cours des deux dernières décennies. Malgré l’expansion du secteur minier et les performances macroéconomiques enregistrées ces dernières années, la pauvreté demeure élevée en raison d’une croissance insuffisamment inclusive.
« La croissance seule ne peut produire des résultats suffisants lorsque les inégalités restent importantes », souligne l’étude, qui insiste sur la nécessité de renforcer les mécanismes de redistribution et de réduire les disparités territoriales.
Vers un nouveau ciblage des investissements publics
Pour le PNUD, la lutte contre la pauvreté doit désormais s’appuyer sur une logique de ciblage territorial plus rigoureuse. L’institution préconise une allocation stratégique des ressources publiques, accompagnée de diagnostics économiques provinciaux afin d’identifier les contraintes qui freinent l’investissement, la productivité et l’entrepreneuriat local.
L’enjeu est majeur: dans un contexte budgétaire contraint, chaque franc investi doit produire le maximum d’impact économique et social.
Pour réduire durablement la pauvreté, la RDC devra passer d’une politique uniforme à une stratégie différenciée, capable de transformer les provinces les plus vulnérables en véritables moteurs de développement, selon le PNUD.
Eldad B.






