La République démocratique du Congo vient de franchir un cap stratégique : près de 600 titres miniers et de carrières ont été réattribués à l’État, soit plus de 31 600 km² de sous-sol remis dans le giron national. Pour donner une idée, cette surface dépasse la taille de la Belgique. Le chiffre n’est pas anodin : il signe la reprise en main d’un secteur longtemps marqué par les incertitudes cadastrales, les titres dormants et la spéculation.
Tout commence avec la remise officielle au ministre des Mines d’un rapport inédit, fruit d’un travail de fond mené par le Cadastre minier (CAMI). Cette opération, supervisée par le ministre Kizito Pakabomba, vise à mettre à jour et sécuriser le domaine minier, conformément à une exigence de bonne gouvernance exigée par le gouvernement congolais.
594 titres miniers et de carrières ont été purement et simplement repris par l’État, couvrant un total de 37 253 carrés miniers selon le rapport consulté. Mais ce n’est pas tout : le document mentionne aussi la régularisation administrative de 210 droits miniers restés bloqués de longues années sous le statut de force majeure, représentant encore 18 709 carrés miniers.
Ce processus s’inscrit dans un contexte mondial où la ruée vers les minerais stratégiques – lithium, cobalt, cuivre, entre autres – met la pression sur les États africains dotés d’un riche sous-sol. Pour Kinshasa, il s’agit de reprendre la main : le ministre des Mines l’affirme sans détour, la RDC ne compte plus laisser dormir ou s’évaporer ses ressources au profit de montages opaques ou d’investisseurs inactifs. Un message envoyé aussi bien aux acteurs locaux qu’aux partenaires internationaux.
Cette clarification cadastrale renforce le poids de la RDC lors des discussions autour de la sécurisation des chaînes d’approvisionnement, de la traçabilité et des nouveaux standards imposés par les grandes puissances économiques. Une anecdote circule dans les cercles d’initiés : certains permis miniers n’avaient plus de propriétaires actifs depuis une décennie, tandis que d’autres faisaient l’objet de spéculations sans jamais aboutir à un début d’exploitation. Ce « grand ménage » était donc attendu, voire réclamé, par de nombreux observateurs du secteur.
Le ministre insiste : cette avancée s’inscrit pleinement dans la stratégie présidentielle de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo et dans l’action menée par la Première Ministre Judith Suminwa Tuluka. Si le leadership du CAMI est salué, l’enjeu désormais est d’assurer la pérennité de cette dynamique. D’où l’appel à la mobilisation de l’ensemble des institutions du secteur minier pour garantir que ce mouvement de transparence et de souveraineté ne soit pas un simple épisode, mais la nouvelle norme.
La Banque mondiale, dans son rapport annuel sur la gouvernance minière en Afrique, rappelait récemment que la sécurisation du cadastre national est la première étape pour attirer des investissements durables et responsables dans l’industrie extractive. La RDC, par ce coup de balai cadastral, se donne les moyens de mieux négocier son avenir minier.
— M. MASAMUNA

