Carburants en RDC : les PMAG passent de 43,7 à 146,7 millions USD au T2

Les pertes et manques à gagner certifiés au profit des opérateurs pétroliers ont atteint 146,724 millions USD au deuxième trimestre 2026, contre 43,732 millions au trimestre précédent. La hausse atteint 235,5 %, mais le montant réellement encore dû ne peut pas être établi sans connaître les avances et paiements déjà exécutés.

La Rédaction

Les pertes et manques à gagner certifiés au profit des opérateurs pétroliers ont atteint 146,724 millions USD au deuxième trimestre 2026, contre 43,732 millions au trimestre précédent. La hausse atteint 235,5 %, mais le montant réellement encore dû ne peut pas être établi sans connaître les avances et paiements déjà exécutés.

Le mécanisme congolais de stabilisation des prix des carburants a généré 146 723 912,42 USD de pertes et manques à gagner au deuxième trimestre 2026, selon la certification réalisée les 13 et 14 août par le Comité de suivi des prix des produits pétroliers. Ce montant constitue la créance reconnue dans le mécanisme des PMAG. Il ne signifie ni que 146,7 millions USD ont déjà été décaissés par l’État, ni que cette somme correspond intégralement au solde encore à payer aux entreprises. Le ministère de l’Économie nationale confirme en effet que des avances ont déjà été accordées aux sociétés pétrolières et étendues aux opérateurs logistiques.

La comparaison avec le premier trimestre donne la mesure de l’accélération. Les travaux des 28 et 29 mai avaient certifié 43 731 567,39 USD, dont 35,411 millions pour l’Ouest, 3,951 millions pour le Sud, 3,641 millions pour l’Est et 727 491 USD pour le Nord. Entre les deux trimestres, les PMAG ont ainsi augmenté de 102,992 millions USD. Le montant du T2 représente 3,36 fois celui du T1, soit une progression de 235,5 %, selon un calcul de Lepoint.cd. Les pertes du premier trimestre s’étaient principalement constituées en mars, dans un environnement international défavorable aux coûts d’approvisionnement.

Ouest et Nord expliquent 72 % de la hausse entre les deux trimestres

La répartition géographique montre où se concentre la dégradation. Pour le deuxième trimestre, le ministère attribue 110 427 792,32 USD aux zones Ouest et Nord réunies, 31 188 382,63 USD au Sud et 5 107 737 USD à l’Est. Les deux premières zones représentent ainsi 75,3 % du total national, contre 21,3 % pour le Sud et 3,5 % pour l’Est. Contrairement au premier trimestre, le communiqué d’août ne sépare toutefois plus les montants de l’Ouest et du Nord.

Au T1, Ouest et Nord totalisaient ensemble 36,139 millions USD. Le passage à 110,428 millions au T2 correspond à une multiplication par 3,06 et à 74,289 millions USD supplémentaires. Cette seule composante explique environ 72,1 % de l’augmentation nationale entre les deux périodes. Dans le Sud, les PMAG sont passés de 3,951 millions à 31,188 millions USD, soit près de 7,9 fois plus. L’Est affiche une évolution beaucoup plus limitée, avec une progression d’environ 40 %, de 3,641 millions à 5,108 millions USD. Ces ratios sont calculés par Lepoint.cd à partir des deux certifications.

Le Gouvernement explique le niveau du deuxième trimestre par la hausse des références internationales des produits pétroliers dans le contexte de la crise du Golfe persique. Son communiqué fait état de progressions moyennes de 63 % pour l’essence, 82 % pour le gasoil et 88 % pour le Jet A1 et le kérosène. Le document ne donne cependant pas la période exacte servant de base à ces variations. Elles ne peuvent donc pas être présentées comme des hausses entre le T1 et le T2.

Les prix intérieurs avaient néanmoins été relevés en avril. Dans la zone Ouest, l’essence avait été fixée à 2 640 CDF le litre et le gasoil à 2 635 CDF. Dans le Sud, les nouveaux niveaux atteignaient respectivement 3 930 CDF et 4 435 CDF, contre 4 400 CDF et 5 600 CDF dans la structure alors annoncée pour l’Est. L’ajustement des prix à la pompe est donc resté nettement inférieur aux variations des références internationales citées par le Gouvernement, ce qui contribue à expliquer la reconstitution des PMAG sans permettre d’en déterminer précisément la contribution.

Pour aller plus loin, il faudrait notamment disposer des volumes certifiés par produit et par zone, des prix moyens frontières retenus, des coûts logistiques, des taux de change appliqués et des résultats mensuels. Le Gouvernement a déjà indiqué que la certification initiale des volumes relève du ministère des Hydrocarbures avant leur prise en compte dans le processus de détermination des PMAG. Ces données détaillées ne figurent pas dans le communiqué publié après les travaux d’août.

Les 146,7 millions USD ne correspondent pas au solde net à payer

L’autre inconnue concerne les entreprises bénéficiaires. Engen, Cobil SA, Lerexcom, SEP Congo, TotalEnergies, SPSA Cobil et SOCIR figurent parmi les acteurs présents aux travaux, aux côtés du GPDPP et des institutions publiques. Le communiqué ne fournit toutefois aucun tableau répartissant les 146,724 millions USD entre ces sociétés. Leur participation à la certification ne permet donc pas d’attribuer un montant précis à chacune d’elles.

La question des avances est encore plus déterminante. Dès le premier trimestre, le Gouvernement avait retenu le principe d’avances sur PMAG alimentées par la mobilisation des recettes des stocks de sécurité afin de soutenir la trésorerie des opérateurs. En août, le ministère a indiqué que cette pratique avait été étendue aux sociétés logistiques et que l’utilisation des ressources des lignes de stock de sécurité avait contribué à réduire le niveau des PMAG du T2. Aucun montant total des avances déjà versées n’est cependant fourni dans le communiqué.

Le système associe par ailleurs des ressources intégrées à la structure des prix et un mécanisme bancaire. Devant la Commission économique et financière du Sénat en novembre 2025, le ministère de l’Économie avait expliqué que le stock de sécurité 1 avait été conçu pour absorber les PMAG, tandis que le stock de sécurité 2 sert de garantie dans un dispositif impliquant banques prêteuses, ministère de l’Économie et ministère des Finances, avec passage par un compte séquestre.

L’expérience de 2025 montre aussi que certification et apurement constituent deux opérations différentes. Le 12 janvier 2026, le ministère avait explicitement annoncé que les PMAG des premier et deuxième trimestres 2025 avaient été totalement apurés par les banques commerciales. Aucune annonce équivalente publiée avec la certification d’août ne permet d’affirmer que les créances des deux premiers trimestres 2026 sont déjà intégralement réglées.

Le chiffre le plus robuste reste donc celui de la créance certifiée. Les PMAG sont passés de 43,732 millions USD au T1 à 146,724 millions au T2, avec 102,992 millions supplémentaires en trois mois. Pour déterminer la facture nette encore à financer, il faudra connaître les avances déjà versées, les paiements exécutés, les ressources collectées par les lignes de stock de sécurité et la ventilation complète des PMAG entre entreprises, produits, mois et zones.

— J. KAKESA

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