La RDC et la Tanzanie ont convenu le 18 août 2026 de créer un partenariat sur les minerais critiques, d’échanger des données géologiques et d’évaluer des projets communs de pétrole et de gaz. Derrière cette coopération se dessine surtout un axe logistique reliant les ressources du Tanganyika à Kalemie, Kigoma et au port de Dar es Salaam.
La rencontre entre Félix Tshisekedi et Samia Suluhu Hassan à Zanzibar ne s’est pas limitée aux relations diplomatiques. Les deux présidents ont décidé de renforcer leur coopération dans les mines et les infrastructures, avec la création annoncée d’un partenariat stratégique consacré aux minéraux critiques et au partage de données géologiques. Ils ont également convenu d’évaluer des projets communs dans le pétrole et le gaz. Aucun gisement pétrolier ou gazier précis, montant d’investissement ou calendrier d’exploration n’a toutefois été annoncé à l’issue des discussions.
La partie tanzanienne a placé la route Kalemie–Manono parmi les infrastructures capables de donner un contenu économique à cette coopération. Samia Suluhu Hassan a estimé que son achèvement renforcerait la connexion entre les deux pays et stimulerait les échanges dans une zone qui combine ressources minières, transport lacustre et accès au corridor de Dar es Salaam.
La route de Manono peut raccorder les minerais au Corridor central

La dernière inspection de l’Agence congolaise des Grands Travaux donne une mesure plus précise de l’avancement du projet. Début août, la première phase de la route Kalemie–Manono affichait un taux d’exécution global de 85 % sur 426,323 kilomètres. L’ACGT avait relevé 392,217 kilomètres de dégagement d’emprise, 377,76 kilomètres de couche de forme et 280,776 kilomètres de couche de fondation. Cinq des six ponts programmés avaient également été réalisés.
Cette première phase doit essentiellement rendre l’axe praticable par la construction des ouvrages de franchissement et l’aménagement de la plateforme routière. Sa livraison est annoncée pour novembre 2026. Elle ne correspond donc pas encore à l’achèvement définitif d’une route entièrement revêtue.
L’intérêt économique de l’axe tient à ce qu’il relie Kalemie à la zone minière de Manono. La Central Corridor Transit Transport Facilitation Agency décrit elle-même le projet comme une liaison destinée à connecter la région minière de Manono à Kalemie et à faciliter le déplacement des marchandises, des minerais et des personnes.
Le potentiel minier concerné ne se limite pas à une ressource. Manono est notamment associé au lithium et aux pegmatites contenant lithium, césium et tantale. Sur la partie nord-est du bassin, Zijin Mining indique développer un projet conçu pour traiter à terme 5 millions de tonnes de minerai par an et produire environ 1 million de tonnes de concentré de spodumène. Ces chiffres sont ceux annoncés par l’opérateur et la déclaration de Zanzibar n’a désigné aucun projet minier particulier comme bénéficiaire officiel de la coopération avec la Tanzanie.
La route devient surtout stratégique lorsqu’elle est replacée dans un système plus large. À Kalemie, les marchandises peuvent rejoindre le lac Tanganyika, puis Kigoma en Tanzanie, avant de poursuivre vers le réseau ferroviaire et routier conduisant à Dar es Salaam. La Présidence congolaise indique que les deux pays veulent moderniser cette chaîne multimodale à travers Dar es Salaam, Kigoma et Kalemie, avec le transport lacustre, les routes et une interconnexion ferroviaire progressive. Une liaison transfrontalière en fibre optique entre Kigoma et Kalemie fait également partie des avancées citées.
Près de 6 millions de tonnes de fret congolais passent déjà par Dar
Contrairement à plusieurs corridors encore en construction, l’axe tanzanien dispose déjà de volumes importants. Selon la CCTTFA, près de 6 millions de tonnes de marchandises destinées à la RDC ont transité par le port de Dar es Salaam durant l’exercice 2024-2025. Ce volume représentait près de 60 % du trafic de transit du port. Il s’agit de l’ensemble du fret destiné au marché congolais et non de six millions de tonnes de minerais.
La même agence cite parmi les investissements nécessaires le nouveau port de Kalemie à Mutowa, la modernisation du port de Kigoma, des ports secs, la modernisation du transport sur le lac Tanganyika ainsi que la réhabilitation des infrastructures ferroviaires de la SNCC. La route Kalemie–Manono peut ainsi devenir l’un des embranchements intérieurs alimentant ce système logistique régional.
L’accord sur les minerais critiques ajoute désormais une dimension industrielle à cette architecture de transport. Samia Suluhu a évoqué une coopération dans l’exploration, le traitement, la création de valeur et la commercialisation des minerais. Pour la RDC, la question sera de savoir si le partage annoncé de données géologiques débouchera sur des projets identifiés, des investissements de transformation ou de simples échanges techniques.
Le même principe vaut pour le pétrole et le gaz. Les deux présidents ont décidé d’évaluer des projets communs, sans préciser à ce stade les blocs, infrastructures ou partenaires concernés. Le prochain niveau d’information attendu porte donc sur les projets retenus, leur financement et leur articulation avec les corridors existants. À court terme, le marqueur le plus concret reste la route Kalemie–Manono. Si la première phase est livrée comme annoncé en novembre, elle rapprochera une zone minière encore fortement enclavée d’un corridor tanzanien qui traite déjà plusieurs millions de tonnes de fret congolais chaque année.
— M. KOSI









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