Au 31 mai 2026, TotalEnergies comptabilisait 227 puits déjà forés sur le projet Tilenga en Ouganda et plus de 1 300 kilomètres de conduites EACOP posés et enterrés. Face à cette avance industrielle, la RDC dispose désormais d’un cadre juridique pour les gisements transfrontaliers, mais doit encore le convertir en investissements, infrastructures et mécanismes opérationnels avec Kampala.
L’écart entre les deux rives du lac Albert n’est plus seulement une question de potentiel géologique. Il se mesure désormais en puits, en kilomètres d’oléoduc et en installations pétrolières. Dans une intervention relayée le 16 août par Radio Okapi, l’activiste environnemental Moïse Alyegera a appelé Kinshasa à accélérer sa stratégie pétrolière face aux projets développés en Ouganda. Son alerte intervient au moment où le gouvernement congolais vient lui-même de demander une feuille de route spécifique sur les ressources transfrontalières du lac Albert.

Côté ougandais, le projet Tilenga, opéré par TotalEnergies, doit développer six champs avec 420 puits répartis sur 29 emplacements et une capacité de production annoncée de 190 000 barils par jour. Au 31 mai, 227 puits avaient déjà été forés sur 15 zones. Le brut doit rejoindre l’East African Crude Oil Pipeline, un oléoduc enterré de 1 443 kilomètres reliant Kabaale, en Ouganda, au port tanzanien de Tanga. Plus de 1 300 kilomètres de conduites étaient déjà posés et enterrés à cette date, tandis que les stations de pompage et le terminal maritime entraient dans les derniers travaux d’équipement et de pré-mise en service.
À Tilenga s’ajoute Kingfisher, opéré par CNOOC, dont la production de pointe est prévue à 40 000 barils par jour. Les deux projets pourraient ainsi atteindre ensemble environ 230 000 barils par jour à leur plateau de production, tandis qu’EACOP a été dimensionné pour transporter jusqu’à 246 000 barils par jour.
La RDC possède déjà une base juridique pour les gisements communs
Le débat soulevé par Moïse Alyegera dépasse cependant la seule construction d’infrastructures. Parmi les quatre leviers qu’il propose figurent le droit applicable aux gisements transfrontaliers, la politique commerciale, les infrastructures et une stratégie énergétique régionale plus large. Sur le premier volet, la RDC ne part plus d’une page blanche.
La loi n° 24/022 du 30 décembre 2024 a autorisé la ratification de l’accord de coopération conclu avec l’Ouganda en 1990 et de son avenant de 2008 sur l’exploitation des hydrocarbures et des gisements communs. Le principe retenu prévoit qu’un gisement partagé doit être développé et exploité conjointement comme une entité indivisible. Le gouvernement congolais avait précisément présenté ce dispositif comme un moyen de prévenir une exploitation unilatérale des réserves transfrontalières.
La question économique se déplace donc vers l’exécution de cet accord. Le 14 août 2026, Félix Tshisekedi a demandé aux ministères des Affaires étrangères et des Hydrocarbures d’élaborer une feuille de route avec l’Ouganda. Il a également ordonné un état des lieux des réserves, permis, projets, partenariats et infrastructures congolaises de transport, stockage, raffinage et commercialisation.
Certaines propositions avancées par Alyegera doivent toutefois être distinguées des options immédiatement disponibles. L’actuel EACOP ne traverse pas le territoire congolais. Ses 296 premiers kilomètres se trouvent en Ouganda et les 1 147 kilomètres restants en Tanzanie. Conditionner un droit de passage sur le territoire de la RDC ne pourrait donc concerner qu’une future infrastructure régionale ou une éventuelle connexion du pétrole congolais au réseau existant.
Il en va de même des barrières commerciales évoquées par l’activiste. Elles constituent une proposition politique et non une décision gouvernementale. La viabilité du dispositif d’exportation ougandais repose d’abord sur l’accès maritime par la Tanzanie, même si le marché de l’Est congolais peut représenter à terme un débouché régional pour des produits pétroliers raffinés.
Pour Kinshasa, le retard le plus mesurable n’est donc plus juridique. Le pays a désormais ratifié un mécanisme de coopération sur les réservoirs communs et vient d’ordonner l’élaboration d’une nouvelle feuille de route. La prochaine mesure de progrès sera industrielle, avec la définition des blocs effectivement développés, des partenaires, du financement, des infrastructures nécessaires et du calendrier d’investissement pendant que les installations ougandaises approchent de leur mise en exploitation.
H. KABAMBA









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