L’Inde cherche à renforcer son accès aux minerais critiques africains et place désormais la RDC parmi ses pays prioritaires. New Delhi veut développer des accords gouvernement-à-gouvernement pour sécuriser sur le long terme du cuivre, du cobalt et d’autres matières premières indispensables à son industrie. Cette offensive arrive alors qu’un groupe indien, Lloyds Metals & Energy, possède déjà une position industrielle dans le cuivre et le cobalt congolais à travers Chemaf et Surya Mines.
Reuters rapporte ce 1er septembre que des responsables du ministère indien des Mines ont repris les discussions avec la Zambie le 26 août. Au-delà de Lusaka, la RDC fait partie des pays africains avec lesquels New Delhi cherche particulièrement à développer des accords étatiques d’approvisionnement et d’investissement dans les minerais critiques.
Cette politique répond à une pression croissante sur l’industrie indienne. Depuis la fermeture de la fonderie Sterlite Copper de Vedanta en 2018, le pays dépend davantage des importations pour alimenter ses capacités de transformation. Selon les projections citées par Reuters, les approvisionnements étrangers pourraient représenter entre 91 % et 97 % des besoins indiens en concentrés de cuivre en 2047. Ce pourcentage mesure la dépendance future de l’Inde aux importations et ne représente donc pas une part que la RDC serait appelée à fournir.
New Delhi a déjà structuré cette stratégie avec sa National Critical Mineral Mission, adoptée en janvier 2025. Celle-ci prévoit explicitement l’acquisition d’actifs miniers à l’étranger. L’entreprise publique Khanij Bidesh India Ltd, KABIL, créée par trois groupes publics indiens, a précisément pour mandat d’identifier et d’acquérir des actifs de lithium, cobalt et autres minerais stratégiques hors du pays.
En RDC, les groupes indiens ne partent déjà plus de zéro
Le mouvement est particulièrement intéressant pour Kinshasa parce que le secteur privé indien a déjà commencé à prendre position dans le Copperbelt congolais.
En mars 2026, Lloyds Metals & Energy a participé au rachat de Chemaf à travers Virtus Lloyds Minerals Holding. Sa filiale détient 49 % de cette structure, contre 51 % pour les entités américaines de Virtus Minerals. Le véhicule contrôle désormais Chemaf, dont les principaux actifs comprennent la mine et l’usine de l’Étoile ainsi que le projet Mutoshi.
Lloyds projette de porter les actifs de Chemaf à environ 70 000 tonnes de cuivre et 20 000 tonnes de cobalt par an, tandis que ses autres activités congolaises, notamment Surya Mines dans le Haut-Katanga, doivent contribuer à porter son objectif global en RDC à environ 100 000 tonnes de cuivre par an. Le groupe a également déclaré vouloir acheminer vers l’Inde une partie du cobalt correspondant à sa participation dans les actifs congolais.
Cette implantation donne une dimension très concrète à la nouvelle offensive diplomatique indienne. L’Inde ne cherche plus seulement à acheter des minerais sur le marché international. Elle veut sécuriser des actifs, des contrats de long terme et des relations directes avec les États producteurs.
La RDC dispose précisément des volumes capables d’intéresser cette stratégie. Les statistiques provisoires du ministère des Mines recensent 2,286 millions de tonnes de cuivre contenu et 92 185 tonnes de cobalt contenu produites au premier semestre 2026.
Pour Kinshasa, l’arrivée plus visible de l’Inde élargit surtout le nombre de partenaires en concurrence pour les mêmes ressources. La Chine reste dominante dans plusieurs chaînes de valeur congolaises, tandis que les États-Unis accélèrent leurs accords sur les minerais critiques. New Delhi ajoute désormais ses propres besoins industriels à cette compétition.
Cette concurrence peut devenir favorable à la RDC si elle permet de négocier davantage que l’accès au minerai. Transformation locale, infrastructures, financement industriel, transfert de compétences et débouchés garantis peuvent peser davantage dans les futures discussions avec les investisseurs indiens.
La question n’est donc plus seulement de savoir si l’Inde veut du cuivre et du cobalt congolais. Elle est de savoir ce que la RDC peut obtenir en échange d’un accès sécurisé à des ressources dont l’industrie indienne aura de plus en plus besoin.
J. KAKESA









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