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RDC : 15,7 milliards USD de dépôts fin novembre 2025, la BCC face au piège de la dollarisation

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Fin novembre 2025, les dépôts dans les banques en RDC atteignent 15,7 milliards USD. Ils progressent de 1,0 % sur un mois et de 6,6 % sur un an, selon les données publiées par la Banque centrale du Congo (BCC). Le système bancaire tient. Mais la politique monétaire reste bridée par un fait massif : l’économie fonctionne surtout en dollars.

La structure des dépôts le montre clairement. 87,6 % des dépôts sont libellés en devises étrangères, principalement en dollars américains. Autrement dit, l’épargne et une grande partie des opérations bancaires se font hors franc congolais. Dans ces conditions, les outils classiques d’une banque centrale perdent une grande partie de leur portée.

Quand une banque centrale ajuste son taux directeur, impose des réserves obligatoires ou mène des opérations de marché, elle cherche à influencer la liquidité et le coût du crédit. Ces leviers agissent surtout sur la monnaie nationale. Or, en RDC, le circuit en franc congolais est minoritaire.

Un autre chiffre illustre ce déséquilibre : sur un mois, les dépôts en franc congolais reculent de 2,0 %, alors que les dépôts en devises augmentent de 1,4 %. Cette évolution traduit une réalité simple : beaucoup d’agents économiques préfèrent conserver leurs avoirs en dollars, car ils jugent cette monnaie plus stable pour protéger leur pouvoir d’achat.

Deux circuits, une seule banque centrale : pourquoi l’effet des décisions reste limité

Dans une économie très dollarisée, la politique monétaire ne se transmet pas de manière uniforme. Les décisions de la BCC pèsent surtout sur le segment en franc congolais, qui est directement sous son influence, mais qui reste de taille réduite. Le segment en devises, dominant, dépend davantage de la disponibilité du dollar, des comportements des acteurs économiques et des flux extérieurs.

Résultat : la BCC peut agir, mais son action touche d’abord la partie la plus petite de l’activité monétaire. Cela complique la régulation de la masse monétaire dans son ensemble et réduit l’impact des mesures destinées à limiter les tensions sur les prix ou à soutenir le crédit.

La hausse globale des dépôts a tout de même un signal positif : elle reflète une confiance relative dans les banques. Mais cette stabilité s’appuie largement sur les devises, ce qui augmente la sensibilité de l’économie aux chocs venus de l’extérieur, notamment les variations du dollar et les mouvements de capitaux.

Pour la BCC, l’équation est double : préserver la stabilité bancaire tout en cherchant, progressivement, à redonner de la place au franc congolais. Les données de novembre 2025 rappellent que tant que la dollarisation reste aussi dominante, la politique monétaire restera partiellement contrainte.

M. KOSI

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