La République démocratique du Congo dispose de l’un des potentiels économiques les plus importants du continent africain. Pourtant, malgré l’abondance de ses ressources naturelles, énergétiques et agricoles, le pays continue de faire face à un défi récurrent : transformer ce potentiel en projets concrets capables de soutenir durablement la croissance et la création d’emplois.
C’est l’un des principaux constats du rapport « The $24 Trillion Inheritance », publié en 2025 par Congo Investment Group à partir de données issues notamment du Guide de l’investisseur de l’Agence nationale pour la promotion des investissements (ANAPI). Le document présente la RDC comme une économie de frontière offrant d’importantes opportunités dans les mines, l’énergie, l’agriculture, les infrastructures, le numérique et les services.
L’un des premiers enseignements du rapport concerne le secteur énergétique. Dans l’ancien Katanga, principal bassin minier du pays, la capacité électrique disponible est estimée à 567 mégawatts alors que les besoins dépassent déjà 900 MW. Le déficit est particulièrement marqué dans la région de Kolwezi, où l’activité minière consomme à elle seule près de 600 MW.
Pour les auteurs du rapport, cette insuffisance énergétique constitue autant une contrainte qu’une opportunité. La demande croissante ouvre la voie à de nouveaux investissements dans l’hydroélectricité, le solaire, les centrales hybrides et les infrastructures de transport de l’électricité. Le potentiel du complexe d’Inga, estimé à 44 000 MW, demeure l’un des principaux arguments avancés pour attirer les investisseurs internationaux.
Le rapport met également en avant l’importance stratégique des minerais congolais dans la transition énergétique mondiale. Le sous-sol du pays est évalué à près de 24 000 milliards de dollars de ressources non exploitées. La RDC concentrerait environ 60 % des réserves mondiales de cobalt et disposerait de 83 millions de tonnes de cuivre, 6 millions de tonnes de cobalt et près de 700 millions de carats de diamants. À cela s’ajoutent le lithium, le nickel, l’uranium, le chrome et plusieurs minerais critiques recherchés par les industries technologiques et les fabricants de batteries.
Selon le document, le principal défi n’est plus la présence des ressources, mais la capacité à développer les projets dans un environnement offrant suffisamment de garanties aux investisseurs. Les questions liées au financement, à la gouvernance, à la sécurité juridique et à l’exécution des projets demeurent déterminantes.
Sur le plan réglementaire, le rapport estime que la RDC dispose aujourd’hui d’un cadre juridique relativement complet pour accueillir les investissements. Les auteurs citent notamment le Code des investissements, le Code minier révisé en 2018, la loi sur les partenariats public-privé (PPP), la loi sur les zones économiques spéciales ainsi que l’appartenance du pays à l’espace OHADA. Toutefois, ils soulignent que la principale difficulté réside souvent dans l’application effective des textes plutôt que dans leur existence.
Les infrastructures apparaissent également comme un secteur à fort potentiel. Les besoins restent considérables dans les routes, les chemins de fer, les ports, les réseaux urbains et les équipements publics. Le rapport mentionne notamment le programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T), doté d’environ 1,66 milliard USD, ainsi que plusieurs projets de modernisation logistique à travers le pays.
L’agriculture constitue un autre gisement d’opportunités largement sous-exploité. La RDC disposerait de plus de 80 millions d’hectares de terres arables, mais seulement 2 à 3 % seraient effectivement cultivés. Dans la pêche, le potentiel annuel est estimé à plus de 700 000 tonnes, alors que la production actuelle représente environ un tiers de cette capacité. Pour les investisseurs, les perspectives concernent aussi bien la production que la transformation agroalimentaire, la logistique, les chaînes de froid et les équipements agricoles.
Le poids démographique du pays renforce également son attractivité. Avec une population estimée à plus de 110 millions d’habitants aujourd’hui et une majorité de jeunes de moins de 20 ans, la RDC représente l’un des marchés de consommation les plus importants du continent. Cette dynamique crée des besoins croissants en logements, énergie, santé, éducation, services financiers et télécommunications.
Le numérique figure également parmi les secteurs en forte croissance. Le rapport met en avant le développement du mobile money, l’expansion de la connectivité ainsi que les projets d’infrastructures numériques destinés à renforcer l’accès à Internet et aux services digitaux.
Au final, le rapport de Congo Investment Group présente une réalité souvent observée par les investisseurs internationaux : la RDC dispose d’actifs exceptionnels, mais la réussite des projets dépendra de la capacité du pays à améliorer l’exécution, renforcer la gouvernance économique et sécuriser les investissements.
Les chiffres évoqués dans le document illustrent l’ampleur des opportunités : 24 000 milliards USD de potentiel minier, 44 000 MW de potentiel hydroélectrique à Inga, 80 millions d’hectares de terres arables et plus de 110 millions de consommateurs potentiels. Pour les auteurs, la véritable question n’est donc plus de savoir si la RDC possède les ressources nécessaires à son développement, mais comment transformer durablement ces richesses en croissance économique, emplois et infrastructures.
Par M. KOSI






