RDC, Angola, Botswana… Un front africain pour sauver le diamant naturel

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La République démocratique du Congo fait front commun avec les grands pays producteurs de diamants du continent pour réorienter une industrie en perte de vitesse. Réunis à Luanda du 17 au 19 juin 2025, les ministres des Mines de la RDC, de l’Angola, du Botswana, de la Namibie et de la Sierra Leone ont approuvé un protocole inédit visant à soutenir la promotion du diamant naturel africain par des moyens concertés.

Le document signé, baptisé Luanda Accord, prévoit que chaque État consacre 1 % des recettes issues de la vente de diamants bruts à un fonds commun, placé sous la coordination du Natural Diamond Council. Ce fonds sera dédié à une campagne mondiale de communication ciblant les marchés occidentaux, asiatiques et du Golfe, où la part de marché des diamants synthétiques dépasse désormais 30 % selon les dernières estimations du Rapaport Group. L’objectif est clair : restaurer la valeur perçue du diamant naturel face à une concurrence industrielle de plus en plus structurée.

La RDC, à travers la voix de son ministre des Mines Kizito Pakabomba Kapinga Mulume, a exprimé une volonté ferme de repositionner son secteur diamantaire, encore sous-performant au regard de son potentiel. Le pays possède d’importantes réserves, mais reste cantonné au rôle de fournisseur de matière brute. En 2024, ses exportations officielles de diamants bruts ont atteint 192,4 millions USD, selon la Banque centrale, contre 277 millions USD en 2019. Une chute de près de 31 % en cinq ans, qui traduit une érosion de compétitivité et un manque de valeur ajoutée locale.

Le ministre congolais a plaidé pour une refonte du référentiel marketing de la filière. Plutôt que de valoriser uniquement les paramètres techniques du diamant (carat, taille, couleur, pureté), il a proposé un nouveau socle fondé sur la transparence des chaînes d’approvisionnement, la coopération interétatique, la traçabilité certifiée et l’innovation dans la valorisation. Cette orientation vise à aligner les standards africains sur les attentes environnementales et éthiques des grands acheteurs institutionnels, notamment en Europe.

Kizito

La mesure des 1 % de reversement constitue également une avancée politique dans la mutualisation des efforts africains. Elle permet à des pays aux structures minières inégales d’investir ensemble dans leur image commune, sans déséquilibrer leurs budgets. Pour Kinshasa, cette contribution représenterait environ 1,9 million USD sur la base des revenus de 2024. Une somme modeste mais stratégique pour un secteur sous tension, alors que les filières illégales continuent de détourner d’importants volumes vers les marchés noirs d’Afrique centrale.

Le contexte international accroît la pression. Les diamants synthétiques, produits à bas coût par la Chine et les États-Unis, ont vu leurs ventes doubler entre 2020 et 2023. Leur impact commence à se faire sentir sur les cours des diamants naturels, qui ont reculé de 15 % en moyenne depuis le début de l’année, selon les chiffres de Bain & Company. Face à cette tendance, les États africains producteurs cherchent à imposer un récit alternatif fondé sur l’origine, l’éthique et le développement local.

La RDC veut donc sortir de sa logique extractive et renforcer la structuration de sa filière. Cela implique le développement de centres de tri, de taille et de certification sur le territoire national. À ce jour, plus de 90 % des diamants extraits du pays sont exportés à l’état brut, échappant ainsi à toute forme de fiscalité différée ou de transformation locale. Ce manque à gagner pèse lourdement sur les finances publiques, dans un contexte budgétaire déjà contraint par le service de la dette et la faiblesse des recettes fiscales hors ressources naturelles.

La Table ronde de Luanda n’apporte pas de solution immédiate au déséquilibre structurel du marché. Mais elle introduit une logique de gouvernance collective, dans un secteur historiquement marqué par l’isolement des politiques minières nationales. Pour Kinshasa, le message est double : faire bloc avec les autres producteurs et engager une réforme de fond pour récupérer une part plus équitable de la chaîne de valeur diamantaire. L’enjeu économique se double ici d’un positionnement géopolitique assumé, dans un marché global où la traçabilité devient aussi importante que la pureté des pierres.

M. MASAMUNA

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