Un accord stratégique a été conclu à Osaka entre le gouvernement congolais et la société japonaise Africa Manganese Link (AML) pour le lancement d’un projet minier de manganèse à Luozi, dans la province du Kongo Central. Cette collaboration marque l’entrée d’un nouvel acteur asiatique dans le secteur minier congolais, traditionnellement dominé par l’exploitation du cuivre et du cobalt. Le projet prévoit une production annuelle de 2 millions de tonnes de manganèse, un minerai essentiel à l’industrie sidérurgique et à la fabrication de batteries, deux secteurs clés de la transition énergétique mondiale.
Le montant total des investissements s’élève à 200 millions de dollars, un montant significatif dans le contexte actuel de mobilisation des capitaux pour les ressources critiques. Ce chiffre traduit une volonté de valoriser localement les ressources minières congolaises, en intégrant des unités de traitement pour produire des ferroalliages. Cette stratégie vise à rompre avec l’exportation de matières premières non transformées, une problématique récurrente dans les économies extractives africaines. La transformation sur place génère non seulement plus de valeur ajoutée mais favorise également la création d’emplois : 3 500 postes directs sont prévus, auxquels s’ajoutent 17 000 emplois indirects, contribuant ainsi à dynamiser l’économie locale.
La localisation du projet à Luozi, jusque-là peu impliquée dans les activités minières nationales, devrait entraîner un désenclavement économique important. Le ministre des Mines, Kizito Pakabomba, a indiqué qu’un contrat d’achat d’électricité (PPA) sera signé avec la Société nationale d’électricité (SNEL) afin d’assurer l’électrification du site, condition indispensable au bon fonctionnement industriel. Par ailleurs, la réhabilitation des infrastructures routières, la remise en service du bac sur le fleuve Congo et la construction d’un pont, soutenue par le Japon, viennent compléter ce programme d’aménagement.
Ces mesures sont essentielles pour garantir la fluidité des exportations et réduire les coûts logistiques, un facteur déterminant dans la compétitivité des minerais africains sur les marchés mondiaux. L’implication japonaise dans ces infrastructures est un signal fort de diversification des partenariats économiques du pays, jusque-là largement centrés sur la Chine.
Le projet de manganèse à Luozi illustre la volonté du ministère des Mines de positionner la RDC comme un acteur plus souverain et intégré dans la chaîne de valeur minière globale. Dans un contexte où les prix des minerais critiques restent volatils, le développement d’une filière locale de transformation apparaît comme une réponse pragmatique pour améliorer la résilience économique du pays.
Au-delà de la simple extraction, la RDC cherche ainsi à s’aligner sur les standards internationaux en matière de gestion durable des ressources, tout en contribuant à la diversification de son économie.
— Peter MOYI

