71,5 milliards FC de bénéfice net en 2024 (+51 %), 188,3 milliards FC de produit net bancaire (+35 %) et des fonds propres au-delà de 212 milliards FC : la Bank of Africa RDC affiche un exercice solide. L’élan vient surtout de la hausse des crédits à la clientèle et d’une discipline sur les charges. C’est le message central du rapport Pilier III 2024 publié par la banque.
Financer davantage la mine, là où l’activité se concentre
Le portefeuille reste encore peu exposé aux industries extractives : 63,5 milliards FC sur 919,5 milliards FC de crédits, soit 6,9 %. Les postes dominants sont les « activités non sectorisées » (370 milliards FC, 40,2 %) et le commerce de gros et de détail (227,2 milliards FC, 24,7 %). La direction a donc inscrit à son cap stratégique 2025 un renforcement ciblé vers les sociétés minières et leur chaîne de sous-traitance, un mouvement déjà amorcé avec l’implantation d’une agence à Kolwezi (Lualaba), annoncée dans les communications du groupe.
Ce choix colle à la géographie réelle de l’activité : selon les informations relayées par l’Agence Congolaise de Presse à partir des données du Cadastre minier (CAMI), près de 69 % des titres octroyés entre janvier et mai 2025 se concentrent au Lualaba et au Haut-Katanga. Autrement dit, viser ces provinces, c’est se placer au plus près des flux d’investissement.
Sur le papier, la manœuvre poursuit trois objectifs : diversifier un portefeuille encore dominé par le commerce et les activités « génériques », aligner l’offre de crédit sur le principal moteur de la croissance congolaise et sécuriser la rentabilité dégagée en 2024. Un banquier résume souvent la règle : suivre le cycle dominant, sans surexposer le bilan. Les chiffres publiés dans le Pilier III offrent d’ailleurs un tableau suffisamment précis pour piloter ce rééquilibrage par seuils, en graduant les engagements sur les producteurs, les sous-traitants et les services connexes (logistique, énergie, maintenance).
Reste la méthode. Dans la Ceinture cuprifère (Kolwezi-Lubumbashi), l’accès aux projets passe par des produits courts pour la chaîne de sous-traitance (fonds de roulement, affacturage, avances sur marchés) et des lignes plus longues sur équipements, adossées à des contrats d’offtake. L’agence ouverte à Kolwezi sert justement de point d’appui commercial et de gestion de risque de proximité ; c’est là que se jouent la qualité des sûretés, la rotation des encours et la connaissance terrain.
En filigrane, la banque garde ses marqueurs : un réseau qui s’étoffe en régions, une collecte en progression au niveau du groupe, et une communication financière plus détaillée (Pilier III) pour rassurer les contreparties. L’arbitrage 2025 se lit donc clairement : accroître la part du secteur minier sans déséquilibrer le reste du portefeuille. À suivre dans les prochains états financiers : la part des crédits par secteur et la marge nette après coût du risque diront si la trajectoire est tenue.
— M. KOSI

