La Semaine congolaise de l’énergie 2025 s’est refermée à Kinshasa sur une promesse claire : porter, sans détour, les doléances des opérateurs vers les autorités compétentes. Pendant trois jours, l’Autorité de Régulation du secteur de l’Électricité (ARE) a réuni industriels, bailleurs et administrations autour de sujets concrets : fiscalité peu incitative, lenteurs dans l’octroi d’exonérations, procédures douanières imprévisibles et offres de capacité encore inférieures à la demande. La directrice générale Dr Sandrine Mubenga a pris l’engagement d’instruire rapidement ce qui relève du mandat de l’ARE et d’activer un plaidoyer ciblé pour le reste. L’enjeu est immédiat : accélérer des investissements qui peinent à sortir des cartons alors que seulement 22,1 % des Congolais disposaient d’un accès à l’électricité en 2023, selon la Banque mondiale.
Ce qui coince : fiscalité, exonérations et délais
Les participants ont pointé une mécanique bien connue : droits et taxes qui grèvent l’importation d’équipements, exonérations prévues sur le papier mais difficiles à appliquer, démarches qui s’allongent. Des opérateurs ont détaillé ces frictions à partir de cas concrets, y compris dans des projets hydrauliques stratégiques. À titre d’illustration, la réhabilitation de Mwadingusha – partenariat SNEL–Ivanhoe Mines Energy DRC – montre combien un dossier technique peut dérailler si l’alignement administratif n’est pas au rendez-vous. Or, revenir à la capacité installée d’environ 71 MW sur ce site nourrit à la fois le réseau national et la production minière, secteur vital pour les recettes d’exportation.

La feuille de route, de l’aveu de tous, passe par des règles lisibles et un traitement homogène des exonérations prévues par la loi. Le cadre légal existe : la loi n° 14/011 du 17 juin 2014 encadre le secteur, a ouvert la porte aux acteurs privés et organise les conditions d’accès aux activités électriques. Sa mise en œuvre, elle, reste le chantier déterminant aux yeux des investisseurs.
Au-delà des textes, l’ARE a insisté sur un dialogue opérationnel. Un cadre permanent de concertation – amorcé avec la FEC et plusieurs miniers – doit fixer des règles de fonctionnement claires : calendrier des rencontres, traçabilité des engagements, remontée structurée des obstacles. Objectif : raccourcir le délai entre un problème identifié et une solution actée, que ce soit au niveau douanier, fiscal ou technique. L’autorité de régulation, dont le mandat est de veiller à l’équilibre du secteur et à la protection des consommateurs comme des opérateurs, s’est positionnée en interface pour fluidifier la chaîne décisionnelle.
Sur le terrain, la semaine a misé sur le pragmatique : entretiens “one-on-one” pour creuser les dossiers délicats, stands thématiques (juridique, administratif/fiscal, technique) pour répondre aux questions de procédure, et une cartographie des projets à l’horizon 2030 afin d’anticiper les besoins en réseaux et en production. Les échanges ont aussi rappelé la place des bailleurs et des PPP pour financer les infrastructures, un levier déjà mobilisé sur plusieurs aménagements hydrauliques et interconnexions régionales. Les expériences réussies, comme Mwadingusha, servent de référence pour bâtir des montages réplicables, avec des critères de performance partagés et des jalons vérifiables.
Un point de méthode ressort : la prévisibilité. Les opérateurs demandent un calendrier d’examen des exonérations, des procédures standardisées à la DGDA et aux ministères concernés, et un mécanisme de retour d’information lorsque les pièces manquent ou que les décisions divergent. Les autorités, représentées à la clôture, ont salué la démarche et promis d’accompagner l’effort. La réussite se jouera sur la cohérence entre administrations ; à défaut, les surcoûts finissent dans les CAPEX des projets, retardent les mises en service et entretiennent la pénurie d’offre ressentie par les ménages comme par l’industrie.
Rappel utile : élargir l’accès ne dépend pas que des barrages ou des centrales. Il faut renforcer les réseaux, sécuriser l’exploitation et mieux articuler production, transport et distribution, conformément à l’esprit de la loi 2014 qui a clarifié les segments et instauré des conditions d’entrée pour de nouveaux acteurs. Le pays part de loin ; près de quatre personnes sur cinq vivent encore sans électricité domestique, ce qui pèse sur l’éducation, la santé et le tissu productif. Stabiliser les règles et fiabiliser les délais est, ici, un gain immédiat : chaque mois économisé dans l’instruction d’un projet, c’est de l’énergie livrée plus tôt, à moindre coût pour le consommateur final.
Ce rendez-vous 2025 laisse une perspective : transformer un forum en machine à décisions. Si le cadre de concertation annoncé publie un tableau de bord des mesures traitées (fiscalité, exonérations, servitudes, raccordements) avec des délais cibles et des référents par administration, la confiance suivra. C’est austère sur le papier, décisif dans la vraie vie : moins d’arbitrages improvisés, plus de projets bouclés, davantage de mégawatts injectés dans le réseau, et une trajectoire crédible vers l’accès universel.
— M. KOSI

