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De 2 800 à 8 000 km bitumés : la RDC revendique un réseau routier presque triplé, sur un territoire de 2,3 millions de km²

Le gouvernement affirme avoir porté le réseau routier modernisé de 3 000 km en 2019 à près de 8 000 km en 2026. Les chiffres officiels divergent pourtant selon les interlocuteurs, et les ressources consacrées à l'entretien couvrent à peine la moitié des besoins. Au rythme actuel, bitumer toutes les routes d'intérêt général prendrait encore plusieurs décennies.

John Banza

Le gouvernement affirme avoir porté le réseau routier modernisé de 3 000 km en 2019 à près de 8 000 km en 2026. Les chiffres officiels divergent pourtant selon les interlocuteurs, et les ressources consacrées à l’entretien couvrent à peine la moitié des besoins. Au rythme actuel, bitumer toutes les routes d’intérêt général prendrait encore plusieurs décennies.

Le 10 juin 2026, à Kinshasa, le ministre des Infrastructures et Travaux publics John Banza a présenté le bilan du secteur. Selon lui, le réseau routier est passé d’environ 3 000 km « hérités » en 2019 à près de 8 000 km aujourd’hui. Il attribue cette progression aux travaux menés sur plusieurs axes stratégiques, à commencer par les routes nationales n°1 et n°2. Si ce chiffre est confirmé, c’est une rupture. La RDC aurait ajouté en sept ans environ 5 000 km de routes modernisées, soit plus de 700 km par an.

Pour mesurer le chemin parcouru, il faut repartir des données disponibles. En 2000, la carte Michelin recensait 2 694 km de routes revêtues. En 2005, le Centre logistique commun des Nations unies (UNJLC) en comptait 2 801 km, dont seulement 1 226 km en bon état. Pendant près de vingt ans, le stock de routes bitumées a donc stagné autour de 3 000 km, faute d’entretien et dans un pays marqué par les conflits.

Le réseau bitumé a stagné vingt ans avant de décoller, selon les chiffres officiels
Routes revêtues ou modernisées en RDC selon les sources disponibles, en km
02 0004 0006 0008 0002 694 km20002 801 km20053 000 km20198 000 km2026
Source : Michelin (2000), UNJLC (2005), ministère des Infrastructures et Travaux publics (2019 et 2026)LePoint.cd
Les sources et les définitions diffèrent d'une année à l'autre. Les chiffres de 2019 et 2026 sont des déclarations ministérielles arrondies, non détaillées par axe.
Voir les données
Routes revêtues
20002 694 km
20052 801 km
20193 000 km
20268 000 km

Le chiffre de 8 000 km ne fait toutefois pas consensus au sein même de l’administration. Le 3 février 2026, lors d’un forum économique à Kinshasa, Didier Kamunga, représentant du ministre des Infrastructures, indiquait qu’« au moins 10 % » des quelque 58 000 km de routes d’intérêt général étaient bitumés, soit au moins 5 800 km. En avril 2026, Forbes Afrique écrivait qu’à peine 2 % des plus de 152 000 km du réseau national étaient revêtus, soit environ 3 000 km. Entre la plus basse et la plus haute de ces estimations, l’écart atteint 5 000 km pour une même année. Il tient en partie aux définitions retenues (bitume, béton, routes « stabilisées » ou simplement réhabilitées) et au périmètre mesuré.

Le réseau congolais se répartit en trois niveaux. Les routes d’intérêt général, gérées par l’Office des Routes, totalisent 58 125 km. Elles comprennent les routes nationales, provinciales et régionales. Viennent ensuite les routes de desserte agricole, qui relient les zones de production aux marchés, puis la voirie urbaine. Au total, le réseau dépasse 152 000 km. Même en retenant le chiffre ministériel de 8 000 km, 86,2 % des routes d’intérêt général restent en terre.

Près de neuf routes d'intérêt général sur dix restent en terre
Routes d'intérêt général de la RDC selon le revêtement, en %, en 2026
Routes d'intérêt général (58 125 km)En terre (50 125 km) 86,2 %Modernisées ou bitumées (8 000 km) 13,8 %En terre (50 125 km) 86,2 %
Source : Ministère des Infrastructures et Travaux publics, Forbes Afrique, calcul LePoint.cdLePoint.cd
8 000 / 58 125 = 13,8 %. Le chiffre de 8 000 km est une déclaration ministérielle sur le réseau modernisé, rapportée ici aux routes d'intérêt général.
Voir les données
Modernisées ou bitumées (8 000 km)En terre (50 125 km)
Routes d'intérêt général (58 125 km)13,8 %86,2 %

Rapportée au territoire, la carte reste clairsemée. Avec 2 345 410 km², la RDC compte environ 3,4 km de routes modernisées pour 1 000 km², et 24,8 km de routes d’intérêt général. Les deux grands corridors illustrent l’ampleur de la tâche. La RN1, longue de 3 300 km entre Banana et Sakania, compte près de 2 000 km bitumés selon le ministère. Les tronçons Kananga–Mbuji-Mayi (180 km) et Mbuji-Mayi–Nguba (150 km, répartis en six lots) doivent être achevés d’ici 2028.

Les ambitions affichées ont été plusieurs fois revues. En 2025, les autorités annonçaient un programme visant 38 000 km de routes rurales et 11 423 km d’axes prioritaires. Fin 2025, seuls quelque 8 000 km de routes rurales avaient été réhabilités, selon les chiffres officiels relayés par Bankable. Dans son discours sur l’état de la Nation du 8 décembre 2025, le président Félix Tshisekedi a annoncé 3 735 km de routes à stabiliser en 2026 sur six corridors. Il cite notamment Kananga–Kisangani (1 184 km), Mbandaka–Ikela (856 km) et Kisangani–Bunia–Mahagi (750 km). Le 22 mai 2026, le Conseil des ministres a adopté un programme national de connectivité routière de 22 000 km, destiné à relier les chefs-lieux de provinces et de territoires.

Le financement reste le nœud du problème. Le principal guichet d’investissement est le contrat minier sino-congolais révisé en janvier 2024. Selon l’Inspection générale des finances, il prévoit environ 7 milliards de dollars pour les infrastructures routières, versés par tranches de 324 millions de dollars par an, montant indexé sur le prix du cuivre. Pour l’entretien, le Fonds national d’entretien routier (FONER) collecte ordinairement environ 150 millions de dollars par an, et récemment près de 200 millions. Les besoins annuels des trois offices routiers sont estimés à environ 375 millions de dollars par le directeur général de l’Office des voiries et drainage.

L'entretien routier ne dispose que de la moitié des fonds nécessaires
Besoins annuels d'entretien des trois offices routiers et ressources récentes du FONER, en millions de dollars
375 M USD200 M USD53,3 % de l’objectifEntretien routier annuelBesoin estiméRessources du FONER
Source : FONER, Office des voiries et drainage, cités par BankableLePoint.cd
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Besoin estiméRessources du FONER
Entretien routier annuel375 M USD200 M USD

En 2026, l’Office des Routes doit recevoir 56,3 millions de dollars du FONER pour son budget d’investissement. Rapporté à ses 58 125 km de routes, cela représente moins de 1 000 dollars par kilomètre et par an. Le bitume se dégrade vite sous la pluie équatoriale et les camions surchargés de l’axe minier. Sans entretien régulier, chaque kilomètre gagné risque d’être perdu en quelques saisons, comme le réseau hérité de la colonisation dans les années 1990.

Le rythme annoncé laisse aussi la mesure du chemin restant. À raison de 700 km supplémentaires par an, il faudrait environ soixante-dix ans pour moderniser les 50 125 km de routes d’intérêt général encore en terre. Pour les transporteurs, les exportateurs agricoles et les miniers, la question est double. Il s’agit de savoir combien de kilomètres seront livrés, mais aussi combien resteront praticables d’une année sur l’autre.

La Rédaction, Lepoint.cd