Quarante-cinq ans : c’est le temps qu’il a fallu à l’Europe pour passer du Traité de Rome à la monnaie unique. Le ministre congolais du Commerce extérieur, Julien Paluku, a assuré ce vendredi au Parlement européen que l’Afrique n’attendra pas aussi longtemps pour parachever son intégration économique.
Invité de l’EuropAfrica Investment Forum 2026, organisé par CREDASSUR GROUP, il a plaidé pour une accélération de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), en vigueur depuis 2019 et ratifiée par Kinshasa en 2021.
A en croire Julien Paluku, 54 des 55 pays africains ont signé l’accord. Les concessions tarifaires sont en cours d’intégration dans les lois de finances nationales. Autre avancée citée : l’adhésion croissante des banques centrales au PAPSS, le système panafricain de paiement et de règlement, qui permet de solder les transactions transfrontalières en monnaies locales, sans passer par le dollar ou l’euro.
Le commerce intra-africain, talon d’Achille
Le principal défi reste le faible niveau des échanges entre pays africains : 15 à 17 % du commerce du continent, contre environ 60 % en Asie et 70 % en Europe.
Pour y remédier, Julien Paluku mise sur trois leviers : relancer le commerce intra-africain, sortir du modèle extractif en attirant des investissements industriels, notamment dans les batteries et les véhicules électriques, et accélérer l’industrialisation par le financement de grands projets énergétiques, à l’image du barrage d’Inga.
Il appelle à une bonne canalisation des fonds du Global Gateway, l’initiative européenne dotée de 150 milliards d’euros annoncés en 2024.
Un marché de 3 400 milliards de dollars
L’argument est avant tout économique. La ZLECAF représente 1,3 milliard de consommateurs, soit trois fois le marché européen, pour un PIB cumulé de 3 400 milliards de dollars. Les industriels, estime le ministre, peuvent donc dimensionner leurs usines pour servir les deux continents. Il y voit aussi un moyen de réduire les flux migratoires en construisant une prospérité partagée.
Le message adressé aux Européens est clair : il faut dépasser la logique d’aide au profit d’un partenariat « gagnant-gagnant ». Le Forum a recommandé une réunion conjointe de la Commission européenne et de la Commission de l’Union africaine pour définir une nouvelle feuille de route. Le modèle, insiste-t-on, ne doit pas se limiter à la baisse des droits de douane, mais intégrer développement industriel et souveraineté économique.
Signalons que le débat réunissait notamment la vice-Première ministre du Lesotho Justine Nthomeng Majara, Koen Doens (Commission européenne), le ministre d’État Louis Michel et la présidente du Sénat d’Eswatini Lindiwe Dlamini. Étaient aussi présents l’ambassadeur de l’Union africaine près l’UE Ali Yakoub Mahamoud, les sénateurs congolais Modeste Bahati Lukwebo et Vicky Katumwa, et l’eurodéputé Benoît Cassart.
Eldad B.









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