La centrale hydroélectrique de Budana, pilier vieillissant du réseau énergétique de l’Ituri, vient de doubler sa puissance installée, passant de 3,5 mégawatts à 7 mégawatts. Cette montée en capacité s’explique par la remise en marche d’une deuxième turbine, entièrement modernisée sous la supervision technique de Greentech Energy, en partenariat avec la société minière Kilo-Moto.
Ce redéploiement marque une inflexion opérationnelle majeure pour une infrastructure datant des années 1930, entrée en service en 1940, et dont le rendement était resté en dessous des exigences actuelles. La nouvelle configuration technique permet d’envisager une meilleure stabilité du réseau, dans une région où les pannes chroniques ont longtemps freiné l’activité économique. En effet, la première turbine modernisée avait une capacité initiale de 1,2 MW, insuffisante pour répondre à la demande croissante des ménages, services publics et petites unités industrielles. Sa remise à niveau permet aujourd’hui de couvrir une plus large zone de desserte, réduisant la pression sur les sources alternatives comme les groupes électrogènes et les installations solaires individuelles, dont les coûts restent inaccessibles pour une partie importante de la population.
L’impact direct de cette opération se mesure aussi bien en kilowattheures qu’en perspectives économiques. Le doublement de puissance permettra d’alimenter plus efficacement les infrastructures essentielles telles que les hôpitaux, les centres de stockage frigorifique, et les établissements scolaires. Cela constitue un levier pour la relance des activités économiques dans une province où l’accès à l’électricité demeure inférieur à 15% selon les estimations locales, bien en dessous de la moyenne nationale, elle-même limitée à 42% selon la Banque mondiale.
Du point de vue monétaire, cette opération contribue à réduire le recours aux importations de carburant destinées à l’alimentation des groupes thermiques, allégeant par ricochet la pression sur les réserves de change de la Banque centrale. En 2023, l’Ituri figurait parmi les provinces les plus dépendantes du diesel pour la production d’énergie de substitution, avec un coût moyen de 0,39 USD par kWh produit via générateur, contre 0,08 USD estimé pour l’hydroélectricité, selon les données du ministère de l’Énergie.
Dieudonné Mulimilwa, responsable régional de Greentech Energy, précise que les travaux engagés ne visent pas uniquement à restaurer la production, mais à établir une base de long terme pour la fiabilité énergétique dans cette zone à fort potentiel minier et agricole. La planification de maintenance régulière et l’intégration de composants à haut rendement thermique dans les nouvelles turbines permettent de tabler sur une disponibilité de service supérieure à 90%, contre à peine 40% avant l’intervention.
La réactivation de Budana intervient dans un contexte national où la question énergétique prend une dimension macroéconomique. Le gouvernement, appuyé par ses partenaires techniques, projette une montée en puissance de la production hydroélectrique nationale à 1 500 MW d’ici 2030, avec un accent mis sur la réhabilitation des infrastructures existantes plutôt que sur des projets neufs à forte intensité capitalistique. Ce choix s’explique notamment par les contraintes budgétaires et les exigences de retour rapide sur investissement dans un environnement marqué par une dette publique en hausse et un financement externe plus coûteux.
À court terme, la réussite technique de Budana ne suffira pas à couvrir l’ensemble des besoins en électricité dans l’Est du pays, mais elle constitue un signal encourageant. Elle prouve qu’un redéploiement ciblé de moyens, même modestes, peut produire un effet multiplicateur tangible sur l’économie locale. C’est aussi un test grandeur nature pour évaluer la capacité des opérateurs privés à s’inscrire dans une logique de partenariat public-privé durable et techniquement viable dans le secteur de l’énergie.
— M. KOSI

