La RDC veut transformer son or artisanal en réserve monétaire nationale

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Analyse de Pierre Proesmans, avocat en droit financier | Belgique & RDC | Investissements, conformité & secteurs stratégiques

La Banque centrale du Congo explore un mécanisme inédit : racheter l’or produit par les mineurs artisanaux congolais pour l’intégrer dans ses réserves internationales. Selon le gouverneur André Wameso, le dispositif fonctionnerait en chaîne : une entreprise publique achète l’or auprès des producteurs locaux, le remet à la BCC, qui l’acquiert et l’inscrit dans ses réserves. L’objectif est de transformer une ressource minérale nationale en instrument de souveraineté monétaire.

L’or présente un avantage particulier parmi les actifs de réserve. Contrairement aux devises étrangères ou aux obligations souveraines, il ne dépend pas de la solvabilité d’un État ni d’une monnaie spécifique. Les banques centrales y recourent pour diversifier leurs réserves, réduire leur dépendance aux devises étrangères et disposer d’un actif mobilisable en cas de crise financière.

Pour la RDC, l’enjeu est structurel. Une part importante de la production aurifère nationale provient de l’exploitation artisanale, dont une fraction significative échappe encore aux circuits officiels de commercialisation. Le mécanisme vise précisément à rediriger ces flux vers le circuit formel, sans créer une nouvelle production mais en rendant visible celle qui existe déjà.

DRC Gold Trading SA au cœur du dispositif

L’architecture institutionnelle repose sur l’entreprise publique DRC Gold Trading SA, à laquelle le gouvernement a confié la gestion du Centre spécialisé d’achat, de commercialisation et d’exportation de l’or artisanal, créé par décret en décembre 2022. La chaîne d’approvisionnement envisagée suit le schéma suivant : mineurs artisanaux, coopératives, négociants, DRC Gold Trading, puis Banque centrale. La BCC ne traite donc pas directement avec les producteurs.

Mais entre l’or artisanal brut et l’or monétaire intégrable dans les réserves internationales, plusieurs étapes sont nécessaires. L’or doit être raffiné, certifié et standardisé sous forme de lingots conformes aux critères de la London Bullion Market Association, qui exige une pureté minimale de 995 millièmes. Il doit aussi répondre aux exigences de traçabilité internationales pour garantir qu’il ne provient pas de zones de conflit ni de circuits de blanchiment.

C’est précisément sur ce point que réside la complexité du projet. La RDC a inauguré le 11 mars 2026 sa première raffinerie pilote d’or à Kalemie, capable de produire des lingots à 99,9 % de pureté. Cette infrastructure constitue un maillon essentiel du dispositif, sans lequel la conversion de l’or artisanal en actif monétaire reconnu sur les marchés internationaux resterait impossible.

Sur le plan juridique, des questions subsistent. Le décret créant le Centre spécialisé se fonde sur l’article 220 du Code minier, qui porte principalement sur le régime fiscal et douanier, un ancrage juridique jugé indirect par certains spécialistes. Par ailleurs, si l’objectif est de constituer des réserves significatives, la question d’une obligation de vente domestique d’une partie de la production nationale pourrait se poser à terme, à l’image de ce que pratique déjà la Tanzanie.

La réussite de cette stratégie dépendra moins des annonces politiques que de la solidité du cadre juridique et institutionnel qui l’accompagne, et de la capacité de l’État à structurer durablement une filière artisanale historiquement marquée par l’informalité.

— M. MASAMUNA

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