La RDC lance un audit de la paie publique pour traquer les agents fictifs et les doublons

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Le gouvernement congolais a lancé un audit de la liquidation de la paie des agents de l’État, visant à identifier les doublons, les agents fictifs, les irrégularités de matricules et les dépassements budgétaires. L’enjeu est considérable. Les dépenses de personnel représentent le premier poste de dépenses du budget de l’État, avec 1 075,7 milliards de francs congolais décaissés pour les seuls salaires en février 2026, soit plus de la moitié des dépenses publiques du mois.

Le problème des agents fictifs n’est pas nouveau en RDC. Depuis des années, des rapports de l’Inspection générale des finances signalent la présence de matricules sans titulaires réels dans les fichiers de paie de plusieurs ministères, notamment ceux de l’Éducation nationale, de la Santé et de la Justice. Ces irrégularités se traduisent par des versements de salaires à des comptes qui ne correspondent à aucun agent en activité, drainant des ressources publiques hors du circuit officiel.

Le circuit de la paie congolaise comporte plusieurs étapes. L’engagement se fait au niveau du ministère de tutelle, la liquidation relève du ministère du Budget, le contrôle appartient au Trésor et le paiement est effectué par les banques ou les caisses provinciales. Chacune de ces étapes constitue un point potentiel de fraude. La bancarisation progressive de la paie, engagée ces dernières années, a réduit certaines pratiques liées aux paiements en espèces, mais n’a pas éliminé le problème des matricules fantômes en amont.

Le budget 2026, arrêté à 54 335,7 milliards de francs congolais, prévoit des dépenses de personnel parmi les plus élevées de l’histoire budgétaire du pays. Dans ce contexte, chaque franc versé à un agent fictif est un franc soustrait aux investissements publics, aux infrastructures et aux services de base.

Un audit qui devra répondre à une question simple

Les audits antérieurs ont régulièrement documenté le phénomène sans produire de chiffre global consolidé ni de poursuites judiciaires systématiques. La question que pose cet audit n’est pas seulement technique. Elle est politique. Qui bénéficie de ces paiements irréguliers, à quel niveau de la chaîne de commandement sont-ils autorisés, et les résultats de l’audit seront-ils rendus publics ?

Pour les syndicats de la fonction publique, la question se pose aussi à l’envers. Dans plusieurs provinces, des enseignants et des agents de santé attendent leurs salaires depuis des mois, pendant que des matricules fictifs sont régulièrement payés. L’audit devra donc non seulement quantifier les fuites, mais aussi expliquer pourquoi des agents réels restent impayés dans un système qui verse pourtant des salaires à des agents inexistants.

La crédibilité de cette initiative dépendra de trois facteurs. Le premier est l’indépendance des auditeurs. Le second est la publication des résultats. Le troisième est la mise en œuvre effective des sanctions contre les responsables identifiés.

— Peter MOYI

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