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937 milliards en acquisitions, presque rien en R&D : l’industrie minière mondiale court après hier plutôt que d’inventer demain

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L’industrie minière mondiale a engagé 937 milliards de dollars en fusions et acquisitions l’an dernier, tout en ne consacrant que 0,5 % de ce montant à la recherche et au développement. Ce chiffre, issu d’une analyse de la filière mondiale estimée à 1 600 milliards de dollars, illustre une industrie qui rachète des actifs existants plutôt que d’inventer les outils de demain.

Ce paradoxe survient précisément au moment où les besoins en minerais critiques s’accélèrent. La demande en lithium devrait être multipliée par cinq d’ici 2040 selon l’Agence internationale de l’énergie. Le cuivre affichera un déficit d’approvisionnement de 30 % d’ici 2035. Et la Chine contrôle déjà 70 % du raffinage mondial du lithium, 92 % des terres rares et 97 % du graphite.

Trois forces convergentes redessinent la structure du secteur. La transition électrique crée une demande plancher irréversible pour les minerais critiques via les véhicules électriques, les réseaux de stockage et les énergies renouvelables. Le déploiement de l’infrastructure d’intelligence artificielle génère des besoins massifs en cuivre, terres rares et métaux de refroidissement à des échelles inédites. Et le nationalisme des ressources monte partout : le Zimbabwe a interdit les exportations de lithium brut, l’Indonésie a restreint le nickel, la RDC a imposé des quotas sur le cobalt. Les pays producteurs exigent désormais une capture de la valeur ajoutée sur leur sol.

La fermeture du détroit d’Ormuz a révélé la fragilité des chaînes d’approvisionnement en minerais

La guerre en Iran a apporté une démonstration inattendue : les chaînes d’approvisionnement de la transition énergétique ne sont pas à l’abri des perturbations géopolitiques classiques. Quand le détroit d’Ormuz se ferme, ce n’est pas seulement le pétrole qui est affecté, ce sont aussi les routes maritimes des métaux pour batteries.

Pour la RDC, première productrice mondiale de cobalt et acteur central dans le lithium, cette analyse confirme l’orientation stratégique que Kinshasa défend depuis plusieurs années. Les pays qui se contenteront d’extraire les minerais sans contrôler le raffinage, la transformation et la distribution se retrouveront en position de faiblesse face à ceux qui maîtrisent l’ensemble de l’écosystème de la mine à la batterie. La course n’est plus seulement sur le volume extrait, mais sur la position dans la chaîne de valeur.

— Peter MOYI

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