Rawbank affirme en 2025 sa volonté de dépasser le modèle classique de banque de dépôts et de crédits. Dans son rapport annuel, l’institution présente une stratégie tournée vers le financement des grands projets, l’accompagnement des PME, le développement des services numériques et l’accès aux marchés internationaux de capitaux. Cette évolution intervient dans une RDC où les besoins de financement augmentent rapidement, notamment dans les mines, l’énergie, les infrastructures et la transformation des entreprises locales.
Le secteur minier reste au centre de cette stratégie. Rawbank rappelle que la RDC demeure le premier producteur mondial de cobalt avec 76 % de part de marché et le deuxième producteur mondial de cuivre. Le rapport mentionne aussi 42 milliards USD d’investissements dans les mines congolaises, soit 10,4 % des investissements miniers du continent africain. Dans ce contexte, la banque explique que les entreprises minières ont besoin de services financiers de plus en plus techniques, allant des crédits d’investissement au financement de la chaîne d’approvisionnement, en passant par les garanties, la gestion de trésorerie et les paiements internationaux. Cette présence est visible dans le portefeuille de la banque, puisque les mines représentent 32,3 % de ses crédits. Une telle exposition permet à Rawbank de capter une partie importante des flux du secteur minier congolais, mais elle implique aussi une forte surveillance des risques liés aux prix du cuivre et du cobalt, aux coûts énergétiques, à la logistique et aux contraintes réglementaires.
La banque cherche aussi à se positionner sur les grands financements structurés. Le rapport cite notamment la syndication de 400 millions USD en faveur de la deuxième phase du projet Kamoa-Kakula. Ce type d’opération consiste à réunir plusieurs partenaires financiers autour d’un même projet afin de partager les risques et de mobiliser des montants élevés. Rawbank indique également avoir participé à la préparation du premier eurobond souverain de la RDC, concrétisé le 9 avril 2026 par une émission de 1,25 milliard USD répartie sur deux maturités de 5 et 10 ans. Les rendements annoncés atteignent 8,75 % et 9,50 %, tandis que la demande globale aurait dépassé 5 milliards USD. La banque y apparaît aux côtés de Citigroup et Standard Chartered Bank. Pour la RDC, cette opération marque une ouverture progressive vers les marchés internationaux de capitaux.
Le rapport insiste aussi sur le financement des PME, présenté comme un levier important pour l’économie réelle. En 2025, Rawbank affirme avoir déployé plus de 5 000 dossiers de financement PME pour un volume proche de 500 millions USD. L’encours de crédit de ce segment progresse de près de 70 %, alors que les dépôts augmentent de 16 %. Le ratio crédits-dépôts passe de 16 % à 20 %, ce qui signifie qu’une plus grande partie de l’épargne collectée auprès des PME est transformée en financement productif. Le taux de créances douteuses reste inférieur à 7 %, un niveau que la banque présente comme maîtrisé malgré la croissance rapide du portefeuille.
Cette orientation est renforcée par le programme COPA-Transforme. Rawbank indique avoir sécurisé environ 20 % du dispositif national, soit près de 1 000 PME et environ 60 millions USD à déployer progressivement. Le programme prévoit d’accompagner 5 000 PME sur cinq ans pour un volume global estimé à 300 millions USD. La banque évoque également un partenariat avec la Société Financière Internationale portant sur 265 millions USD, dont 165 millions USD de prêt et 100 millions USD de partage de risques. Ce mécanisme doit permettre de financer au moins 500 PME supplémentaires dans les télécommunications, l’agro-industrie et les biens de consommation.
Le numérique constitue un autre axe de croissance. Rawbank cherche à s’adapter à une RDC où plus de 22 millions de personnes utilisent déjà les services de mobile money. Sa plateforme Illicocash dépasse 2,5 millions de visites mensuelles en 2025 et affiche une hausse de 66 % du nombre de transactions. Le réseau repose sur plus de 1 500 agents, quatre opérateurs connectés via USSD, plus de 670 marchands partenaires et 46 sites de commerce en ligne intégrés via API. Rawbank Online compte plus de 140 000 utilisateurs actifs, tandis que WhatsApp Banking gagne plus de 700 000 utilisateurs sur l’année. À travers cette stratégie, la banque tente de réduire les contraintes liées à la distance, au manque d’agences bancaires et à l’usage encore dominant du cash.
La transformation numérique concerne aussi les infrastructures technologiques. Rawbank indique être devenue la première institution financière de RDC à héberger ses systèmes dans un data center local de standard international grâce à un partenariat avec Raxio Data Centres. L’objectif affiché est de renforcer la sécurité des opérations, la continuité de service et la protection des données bancaires. Dans le secteur financier, ces investissements deviennent importants car les risques technologiques et les cyberattaques prennent une place croissante dans la gestion bancaire.
Le rapport met également en avant les programmes sociaux et environnementaux de la banque. Rawbank affirme avoir mis en place 27 indicateurs ESG et réalisé un premier bilan carbone évalué à 6 543 tonnes de CO₂. Le programme Lady’s First accompagne plus de 3 000 femmes entrepreneures en 2025, contre un peu plus de 2 000 l’année précédente. Selon les données publiées, 67 % des bénéficiaires déclarent une hausse de leur chiffre d’affaires et 81 % indiquent avoir élargi leur clientèle. La banque développe aussi le financement agricole autour de six filières, dont le cacao, le café, le maïs et le riz, tout en lançant des solutions de crédit-bail pour aider les entreprises à financer leurs équipements sans immobiliser immédiatement leur trésorerie.
À travers cette stratégie, Rawbank cherche à transformer sa taille financière en capacité d’action sur plusieurs secteurs de l’économie congolaise. Le rapport montre une banque qui veut financer les grands projets, soutenir les PME, accélérer les paiements numériques et renforcer son accès aux marchés internationaux. Cette montée en puissance peut contribuer à l’économie réelle si elle reste accompagnée d’une gestion rigoureuse du risque et d’une diversification progressive au-delà du secteur minier, qui demeure encore le principal moteur de croissance du pays.
— Peter MOYI


