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FirstBank DRC renforce sa présence dans les mines, le secteur public et le digital malgré une pression sur la rentabilité

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FirstBank DRC veut accélérer sa croissance en République démocratique du Congo en s’appuyant sur trois secteurs clés : les activités publiques, les mines et les services numériques. Dans son Rapport Pilier III 2025, la banque détaille une stratégie qui vise à élargir sa base de revenus tout en maintenant une discipline stricte sur les risques et la conformité. L’établissement bancaire prévoit notamment d’augmenter la part des produits digitaux à 20 % de son chiffre d’affaires et d’atteindre 100 000 agents bancaires d’ici 2029.

Présente en RDC depuis 1994, FirstBank DRC est une filiale de First Bank of Nigeria Limited. La banque affirme disposer de plus de 200 points de service répartis dans les principaux centres économiques du pays, entre agences, guichets avancés, distributeurs automatiques et agents bancaires. Son activité couvre les entreprises, les PME, les particuliers, les ONG ainsi que plusieurs secteurs stratégiques comme les mines, le commerce, le pétrole et les services publics. Elle propose des produits classiques de financement, notamment les découverts, les crédits à terme, le financement du fonds de roulement et les opérations d’import-export.

La stratégie 2025-2029 repose sur une montée en puissance dans les flux liés à l’État, une consolidation dans le Grand Katanga et un renforcement du financement de la chaîne de valeur minière. Ce choix correspond à la structure actuelle de l’économie congolaise, largement soutenue par les exportations minières et les transactions en devises. FirstBank DRC annonce également une ambition de croissance annuelle des revenus de 44 % sur les trois prochaines années, avec une forte expansion de la banque digitale et du réseau d’agents.

Le portefeuille de crédits montre déjà cette orientation vers les grands secteurs productifs. Les crédits nets aux industries extractives atteignent 470,61 milliards CDF, soit près de 36,8 % de l’ensemble des crédits nets de la banque. En montant brut, l’exposition au secteur minier atteint 497,88 milliards CDF. D’autres secteurs concentrent également des volumes importants de financement : la production industrielle représente 203,95 milliards CDF, l’administration publique environ 177,91 milliards CDF, la construction 135,05 milliards CDF et le commerce de gros 97,29 milliards CDF.

Cette présence dans les mines peut soutenir la croissance de la banque car le secteur génère des recettes d’exportation, des besoins de financement et des flux importants en devises. Mais cette concentration augmente aussi certains risques. Les revenus des entreprises minières restent dépendants des prix internationaux du cuivre et du cobalt, de la stabilité logistique, des coûts énergétiques et des décisions fiscales. Une banque fortement exposée à ce secteur doit donc surveiller en permanence le risque de défaut, le risque de change et la concentration des engagements.

Le rapport montre également une forte dollarisation du portefeuille. Les crédits nets en devises atteignent 1 188,70 milliards CDF contre seulement 88,59 milliards CDF en monnaie nationale. Plus de 93 % des crédits nets sont donc exposés aux monnaies étrangères, principalement au dollar américain. Cette situation reflète le fonctionnement de l’économie congolaise, où les grandes opérations commerciales et minières sont majoritairement réalisées en devises. Pour limiter les déséquilibres, FirstBank DRC indique maintenir un ratio de liquidité en devises de 134 % et une position de change globale de 2 %, des niveaux conformes aux exigences prudentielles.

La gestion des risques occupe une place centrale dans le modèle présenté par la banque. FirstBank DRC explique fonctionner avec un système de contrôle organisé autour de trois niveaux. Les équipes commerciales et opérationnelles assurent le suivi quotidien des transactions et des risques. Les départements de conformité, de contrôle interne et de gestion des risques surveillent ensuite l’application des règles et des procédures. Enfin, l’audit interne vérifie de manière indépendante l’efficacité de l’ensemble du dispositif.

La banque dispose aussi de plusieurs comités spécialisés chargés du suivi régulier des risques financiers et opérationnels. Le comité actif-passif se réunit deux fois par mois pour suivre la liquidité, les taux et l’équilibre du bilan. Le comité de crédit analyse les demandes de financement chaque semaine. D’autres réunions mensuelles sont organisées pour surveiller les risques opérationnels, la conformité réglementaire et les questions liées au contrôle interne.

Le rapport accorde une place importante à la cybersécurité et à la continuité des activités. FirstBank DRC affirme s’appuyer sur les normes ISO 27001 et PCI DSS pour sécuriser ses systèmes. La banque mentionne l’authentification renforcée, le contrôle d’accès, la gestion des vulnérabilités, les sauvegardes de données et la surveillance des incidents de sécurité. Elle explique également réaliser des exercices réguliers de continuité d’activité afin de maintenir les services essentiels en cas de panne, d’incident technique ou de perturbation majeure.

La conformité réglementaire reste aussi un enjeu important pour la banque. Le rapport cite plusieurs textes de la Banque Centrale du Congo relatifs à la lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et les obligations de conformité. Dans un environnement bancaire fortement connecté aux flux publics, aux opérations internationales et au secteur minier, ces mécanismes sont essentiels pour préserver la réputation de la banque et maintenir les relations avec les correspondants internationaux.

Malgré cette stratégie d’expansion, les résultats financiers de 2025 montrent une pression sur la rentabilité. Les charges générales d’exploitation ont augmenté de 60 %, tandis que les charges du personnel ont progressé de plus de 21 %. Dans le même temps, le résultat net a reculé de 69 %. FirstBank DRC conserve des niveaux de liquidité et de capital solides, mais devra améliorer son efficacité opérationnelle pour transformer cette croissance commerciale en performance durable.

Pour l’économie congolaise, la trajectoire de FirstBank DRC illustre l’évolution du secteur bancaire vers davantage de digitalisation, de financement des grandes chaînes de valeur et d’intégration aux flux régionaux. La banque cherche désormais à trouver un équilibre entre expansion commerciale, maîtrise des risques et rentabilité dans un environnement économique encore fortement dépendant des mines et des devises étrangères.

— Peter MOYI

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