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Africa Forward 2026 : la RDC ciblée par 127 millions EUR dans le numérique, les mines et l’entrepreneuriat féminin

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À quelques jours du sommet Africa Forward prévu les 11 et 12 mai 2026 à Nairobi, la France met en avant trois programmes déjà engagés en RDC pour un total de 127 millions EUR. Ces financements ciblent le numérique, la formation minière et l’entrepreneuriat féminin, trois secteurs où Kinshasa cherche à convertir ses partenariats extérieurs en résultats visibles.

Le sommet Africa Forward ne se présente pas seulement comme un rendez-vous diplomatique entre la France et le continent africain. Pour la RDC, l’enjeu se lit surtout dans les projets déjà annoncés. Paris avance une enveloppe de 100 millions EUR pour la transformation numérique, avec l’objectif de déployer plus de 10 000 km de fibre optique et de permettre à 30 millions de Congolais supplémentaires d’accéder à Internet à un coût plus abordable.

Ce chiffre donne une portée économique au discours français sur le renouvellement de ses relations africaines. Dans un pays où la connectivité reste inégale, la fibre optique peut soutenir les services publics numériques, les paiements électroniques, l’administration en ligne, l’éducation à distance et l’activité des petites entreprises. Mais l’impact dépendra de la qualité d’exécution, du prix final payé par les usagers et de la capacité de l’État à intégrer ces infrastructures dans une stratégie nationale cohérente.

La RDC attend surtout des retombées mesurables

Le deuxième axe porte sur l’enseignement supérieur. La France annonce 15 millions EUR pour former des ingénieurs et techniciens congolais des mines dans 5 provinces, à travers 6 laboratoires de recherche et 4 établissements. Pour la RDC, ce volet touche un point sensible. Le pays dispose d’importantes ressources minières, mais manque encore de capacités locales suffisantes pour transformer davantage ses minerais, développer la recherche appliquée et réduire sa dépendance aux expertises extérieures.

Le troisième programme concerne l’autonomisation économique des femmes. Le projet « Pour Elles » mobilise 12 millions EUR sur 4 ans pour accompagner plus de 1 200 femmes entrepreneures à Kinshasa, au Kwilu et au Sud-Kivu. Ce financement place l’entrepreneuriat féminin dans une logique plus économique que sociale, car l’accès à l’accompagnement, au marché et aux outils de gestion reste l’un des freins à la croissance des petites activités portées par des femmes.

À Nairobi, la France et le Kenya veulent aussi donner une nouvelle forme au dialogue Afrique-France. L’Élysée confirme que le sommet réunira les présidents Emmanuel Macron et William Ruto, ainsi que d’autres chefs d’État et de gouvernement africains. Le programme prévoit un forum d’affaires le 11 mai, puis une séquence consacrée au financement du développement et aux questions globales le 12 mai.

Le choix du Kenya n’est pas neutre. Le site officiel du sommet annonce plus de 1 500 participants au forum d’affaires, plus de 30 chefs d’État attendus et 7 thèmes de discussion, dont l’énergie, la finance, l’agriculture, l’intelligence artificielle, l’économie bleue, la santé et l’industrialisation. Pour Paris, ce format permet d’élargir son agenda africain au-delà de son espace francophone traditionnel.

Cette évolution intervient dans un contexte où la présence française en Afrique est réévaluée, surtout après les revers enregistrés dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Reuters note que Paris cherche désormais à approfondir ses liens économiques, culturels et de développement avec d’autres partenaires du continent, alors que le sommet de Nairobi sera le premier de ce type organisé dans un pays anglophone.

Pour la RDC, la question centrale reste donc celle de l’exécution. Les 127 millions EUR annoncés donnent une base chiffrée au partenariat avec la France, mais leur portée se mesurera sur le terrain. Fibre réellement déployée, coûts d’accès réduits, laboratoires fonctionnels, techniciens formés, femmes entrepreneures accompagnées et activités pérennes. C’est sur ces résultats que Kinshasa pourra juger si Africa Forward dépasse le registre diplomatique pour produire un effet économique concret.

— Joldie KAKESA

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