Auditionné le 28 avril 2026 par la Commission Économie, Finances et Bonne Gouvernance du Sénat, le Gouverneur de la Banque centrale du Congo, André Wameso, a présenté les grandes orientations de la politique monétaire. Les échanges ont porté sur la stabilité financière, l’appréciation du franc congolais, l’encadrement des flux en devises et les progrès réalisés dans le cadre des exigences du GAFI.
La Banque centrale du Congo veut renforcer le contrôle des circuits financiers sans interdire aux particuliers de détenir des dollars américains. C’est l’un des principaux messages livrés par André Wameso devant les sénateurs, dans un contexte où la RDC cherche à consolider ses équilibres macroéconomiques et à réduire les fragilités liées à la forte présence du dollar dans l’économie. Cette audition s’inscrit dans le rôle de contrôle du Parlement sur les politiques publiques. Les membres de la Commission Économie, Finances et Bonne Gouvernance ont voulu comprendre la cohérence des mesures prises par la BCC, leur effet sur la stabilité financière et leur impact sur le système bancaire, notamment sur les délais de transferts interbancaires domestiques.
Dans son intervention, André Wameso a organisé son propos autour de trois axes. Le premier concerne la résilience de l’économie congolaise, appuyée par un cadre macroéconomique jugé plus stable et par une amélioration progressive des indicateurs de base. En termes simples, il s’agit de maintenir une économie capable de mieux résister aux chocs, notamment sur les prix, le taux de change et les mouvements de capitaux. Le deuxième axe porte sur l’appréciation du franc congolais. Lorsque la monnaie locale se renforce face au dollar, certains produits importés peuvent coûter moins cher en monnaie nationale. Cette évolution peut donc aider à réduire les pressions sur les prix, surtout dans une économie où plusieurs biens de consommation dépendent encore des importations.
Un contrôle plus strict des devises dans une économie encore dollarisée
Le troisième axe concerne les mesures monétaires récemment adoptées. La BCC met en avant l’encadrement des flux en devises, l’exclusivité accordée à l’institut d’émission pour l’importation de devises et la promotion d’une circulation scripturale du dollar américain. Cette circulation scripturale signifie que les paiements passent davantage par les comptes bancaires et les moyens électroniques, au lieu de se faire en billets. L’objectif est d’améliorer la traçabilité des fonds et de limiter les risques liés à l’usage massif des espèces en devises. Dans une économie fortement dollarisée comme celle de la RDC, le contrôle des flux en dollars reste un sujet sensible. La BCC cherche donc à avancer par étapes. André Wameso a précisé que les particuliers peuvent toujours détenir des dollars. Le message est donc clair : il ne s’agit pas d’interdire la possession de devises, mais de mieux organiser leur circulation dans le système financier.
Les échanges au Sénat ont aussi porté sur la souveraineté monétaire. Pour un pays, renforcer l’usage de sa monnaie nationale permet de mieux transmettre les décisions de politique monétaire. Quand une grande partie des transactions se fait en dollars, les décisions de la Banque centrale sur les taux ou la liquidité ont parfois moins d’effet sur l’économie réelle. C’est pourquoi la coordination entre politique monétaire et politique budgétaire a été présentée comme un point important. La politique monétaire relève de la Banque centrale. Elle agit sur la monnaie, le crédit, les taux et la stabilité des prix. La politique budgétaire relève du gouvernement. Elle concerne les recettes, les dépenses publiques, le déficit et la dette. Si ces deux politiques ne vont pas dans le même sens, les efforts de stabilisation peuvent perdre en efficacité.
Un autre point abordé concerne les engagements de la RDC auprès du Groupe d’action financière. Selon les éléments présentés, près de 90 % des mesures requises auraient été mises en œuvre. Le GAFI évalue les dispositifs de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. Pour les investisseurs, ce suivi compte, car il influence la perception du risque pays, les relations avec les banques internationales et parfois le coût du financement. Les progrès annoncés dans ce domaine sont donc suivis de près. Une sortie des zones de vigilance du GAFI pourrait améliorer la crédibilité du système financier congolais et faciliter certaines opérations internationales, notamment pour les banques, les entreprises exportatrices et les acteurs qui dépendent de paiements transfrontaliers.
L’enjeu dépasse le seul secteur bancaire. Dans les mines, les flux en devises issus des exportations représentent une source importante de revenus pour l’économie congolaise. Une meilleure traçabilité des paiements peut aider l’État à mieux suivre les recettes, à limiter les pertes et à améliorer la mobilisation des ressources publiques. Cette question devient encore plus sensible dans un contexte où les matières premières congolaises occupent une place importante dans les chaînes industrielles liées aux batteries, à l’énergie et aux technologies. La récente émission d’un eurobond souverain par la RDC s’inscrit aussi dans cette recherche de crédibilité financière. Une émission sur les marchés internationaux ne sert pas seulement à lever des fonds. Elle expose aussi le pays au regard des investisseurs, qui évaluent la stabilité macroéconomique, la qualité des institutions, la gestion de la dette et le niveau de risque.
L’audition d’André Wameso montre ainsi une Banque centrale engagée dans une phase de resserrement et de normalisation des circuits financiers. La réussite de cette stratégie dépendra de sa mise en œuvre concrète : délais de paiement mieux maîtrisés, confiance renforcée dans le franc congolais, suivi plus rigoureux des devises et meilleure coordination avec les choix budgétaires du gouvernement.
— Peter MOYI


