Budget 2024–2026 : déficit persistant, dépenses militaires hors circuit et provinces en attente de transferts

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Le rapport sur l’exécution du budget du pouvoir central pour l’exercice 2024 confirme un déficit structurel. Les recettes fiscales ont progressé entre 2022 et 2024 sous l’effet des réformes de mobilisation interne, mais restent insuffisantes pour couvrir l’ensemble des charges de l’État. Les documents de cadrage budgétaire à moyen terme pour 2026-2028 pointent une période marquée par une croissance élevée suivie d’un ralentissement, ce qui réduit les marges de manœuvre du Trésor et complique les arbitrages entre ministères.

Le facteur le plus déstabilisant reste la guerre dans l’Est du pays. Les dépenses liées aux opérations militaires figurent parmi les principaux facteurs d’écart budgétaire. Elles sont souvent exécutées en procédure d’urgence, hors des circuits normaux d’ordonnancement, ce qui complique leur traçabilité. Plusieurs lignes de dépenses exceptionnelles n’apparaissent pas clairement dans les documents consolidés transmis à la Cour des comptes. La question des comptes spéciaux et des fonds logés hors budget ordinaire reste entière.

Ce glissement vers des dépenses hors radar a une conséquence directe. Les ressources mobilisées pour la sécurité réduisent mécaniquement celles disponibles pour les priorités sociales et les transferts aux provinces.

Éducation, santé et provinces sacrifiées sur l’autel de l’urgence sécuritaire

Les transferts aux provinces accusent des retards récurrents. L’éducation et la santé, qui figurent en tête des priorités officielles dans tous les discours budgétaires, enregistrent des taux d’exécution inférieurs aux prévisions. Les arriérés de paiement envers les fournisseurs et prestataires publics s’accumulent, avec un impact direct sur les services rendus aux populations.

Pour 2026, les discussions parlementaires sur la loi de finances ont mis en évidence les mêmes tensions. Les dépenses de sécurité continuent de peser sur les équilibres, les transferts aux entités décentralisées restent imprévisibles et la reddition des comptes demeure le point faible du cycle budgétaire congolais. Sans mécanismes de contrôle renforcés et sans transparence sur les dépenses exceptionnelles, le déficit structurel risque de se perpétuer indépendamment du niveau de croissance affiché.

— M. KOSI

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