Budget 2026 : Kamerhe et Muzito verrouillent la méthode à l’approche de la session de septembre

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Vital Kamerhe a reçu, le 23 août 2025 au Palais du Peuple, le Vice-premier ministre en charge du Budget, Adolphe Muzito Mfumusi, accompagné du Vice-ministre Elysé Bokumuana et de la Questeure Chimène Polipoli. L’objectif est posé sans détour : livrer un Projet de loi de finances 2026 prêt pour la session budgétaire, avec un canal de concertation permanent entre l’Exécutif et l’Assemblée nationale. Muzito signe là sa première prise de contact officielle avec l’institution budgétaire depuis sa nomination. Signal politique clair : prioriser le calendrier, stabiliser la méthode, sécuriser la chaîne de validation jusqu’au vote.

Calendrier resserré, cadrage macro et recettes minières : les points techniques à suivre de près

Le cœur du travail se joue sur trois étages. Un, le tempo. La session de septembre impose une fenêtre courte entre dépôt, examen en commissions et navette. Chaque journée gagnée avant le dépôt permet d’éviter un budget expédié et des annexes incomplètes. Le « cadre permanent de concertation » annoncé doit produire des livrables concrets : trame des annexes, réponses écrites aux questions des députés, versions consolidées prêtes pour les auditions (Budget, Finances, Plan, régies).

Deux, le cadrage macroéconomique. Le PLF 2026 devra afficher des hypothèses inflation, taux de change de référence, croissance et prix des matières premières cohérentes avec les dernières données de la Banque centrale et du Plan. Un simple écart de 1 point d’inflation peut déformer la base taxable et rogner le pouvoir d’achat des dépenses sociales ; une hypothèse trop optimiste sur le CDF/USD gonfle artificiellement les recettes douanières libellées en monnaie locale. Même logique pour les salaires et transferts : un cadrage prudent évite d’ouvrir des écarts d’exécution dès le premier trimestre.

Trois, la matière fiscale et parafiscale. Le rendement des régies (DGI, DGDA, DGRAD) devra être étayé par des mesures de recouvrement réalistes : élargissement de l’assiette, lutte contre la fraude, digitalisation des procédures, réduction des exonérations non justifiées. La transparence sur les restes à recouvrer et sur les arriérés de paiement conditionne la crédibilité de la trajectoire 2026. Côté dépenses, les postes sensibles restent identifiés : rémunérations, sécurité-défense, subventions stratégiques (énergie, transport, produits sociaux) et investissement. Un cadrage pluriannuel — même synthétique — aidera à lisser les crêtes de trésorerie.

L’économie minière pèse sur l’équation. Les recettes liées au cuivre et au cobalt sont volatiles ; un glissement des cours suffit à créer un trou dans la prévision si la redevance minière et la fiscalité associée ne sont pas ventilées avec prudence. Le PLF 2026 gagnera à présenter des sensibilités : que se passe-t-il si le cobalt recule de X % sur deux trimestres ? Quel est l’impact d’un différentiel de prix sur les dividendes attendus des entreprises publiques minières ? Sans entrer dans un exercice théorique, afficher ces marges de manœuvre rassure les commissions et évite des révisions hâtives en cours d’année.

Sur la gouvernance budgétaire, le signal est aussi attendu. Les députés réclament des projets détaillés, avec indicateurs simples : montants, cibles, délais, résultats attendus. Les annexes doivent éclairer l’effort par politique publique (éducation, santé, routes, agriculture), avec une traçabilité des crédits transférés aux provinces et un état clair des rétrocessions. L’idée n’est pas de multiplier les tableaux, mais de livrer des chiffres exploitables pour un suivi trimestriel : consommation des crédits, taux d’engagement, paiements effectifs.

La présence du Vice-ministre aux côtés du VPM Budget montre la volonté d’assurer la courroie technique entre arbitrages et rédaction finale. Si le canal de travail promis tourne à plein — réunions régulières, documents standardisés, réponses rapides —, l’Assemblée peut entrer en examen avec un fichier budgétaire propre : hypothèses alignées, agrégats cohérents, mesures de recettes justifiées et priorités d’investissement lisibles. C’est là que se joue la différence entre un budget d’affichage et un budget exécutable.

Au final, la rencontre du 23 août 2025 n’est pas un simple protocole. Elle fixe la méthode pour un PLF 2026 qui devra tenir ses chiffres face à une conjoncture encore nerveuse et à des besoins sociaux élevés. Reste à transformer l’annonce d’un cadre permanent en arbitrages chiffrés solides et en documents livrés à temps. La crédibilité se lit ligne à ligne.

— M. KOSI

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