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Dette africaine : plus de 20 milliards USD levés sur les marchés internationaux en six mois

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Entre octobre 2025 et avril 2026, dix pays africains ont levé plus de 20 milliards USD sur les marchés financiers internationaux à travers des euro-obligations, des réouvertures d’emprunts, des placements privés et des Sukuk. Parmi les États concernés figurent l’Angola, le Bénin, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, la RDC, l’Égypte, le Kenya, le Nigeria, la République du Congo et l’Afrique du Sud.

Ce retour marque une reprise de l’accès au financement extérieur pour plusieurs économies africaines après une période plus difficile marquée par la hausse des taux d’intérêt mondiaux et les tensions sur la dette. Mais cette réouverture du marché reste inégale selon les pays. Certains gouvernements ont emprunté principalement pour refinancer des dettes existantes ou réorganiser leurs échéances de remboursement. D’autres continuent de faire face à une forte pression sur le service de la dette, c’est-à-dire les montants à payer chaque année pour rembourser le capital et les intérêts.

Les Sukuk ont aussi occupé une place importante dans cette nouvelle vague de financements. Ces instruments, conformes aux principes de la finance islamique, ont été utilisés par l’Égypte et le Bénin dans leurs stratégies de mobilisation des capitaux. Leur utilisation demande toutefois un cadre juridique solide, une bonne gestion du risque de change, des actifs adaptés et une structure capable de rassurer les investisseurs internationaux.

Le Bénin figure parmi les opérations les plus suivies de cette période. Le pays a combiné un Sukuk international de 500 millions USD avec une réouverture de 350 millions USD de son euro-obligation arrivant à échéance en 2038. Cette stratégie lui a permis de toucher deux catégories d’investisseurs : les investisseurs traditionnels du marché obligataire et ceux spécialisés dans la finance islamique. Après couverture du risque de change entre l’euro et le dollar, le Sukuk aurait représenté un coût d’environ 4,92 % en euro, contre près de 6,19 % pour la réouverture de l’euro-obligation couverte contre le change.

Pour les pays de l’UEMOA, dont la monnaie est liée à l’euro, cette question du change reste importante car elle influence directement le coût réel de la dette extérieure. Plus largement, cette période montre que les marchés africains de la dette deviennent plus sophistiqués et diversifiés. Mais l’enjeu dépasse désormais le simple accès aux financements internationaux. La question centrale reste celle de la soutenabilité de la dette : ces emprunts permettront-ils de financer des investissements capables de soutenir la croissance et les recettes publiques, ou serviront-ils seulement à repousser les difficultés budgétaires de plusieurs États africains ?

— Peter MOYI

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