Les tensions militaires au Moyen-Orient ont propulsé les prix du pétrole à la hausse cette semaine, le baril de Brent atteignant 83,39 dollars, soit une progression de 7,3 %. Pour la majorité des pays africains, qui importent l’essentiel de leur carburant, la facture pourrait s’alourdir rapidement.
Le mécanisme est direct. Quand le prix du pétrole monte sur les marchés mondiaux, le coût du transport, de l’énergie et des produits alimentaires suit. Les monnaies locales s’affaiblissent sous la pression d’une balance commerciale dégradée, et les banques centrales se retrouvent contraintes de maintenir des taux d’intérêt élevés pour contenir l’inflation.
Les craintes portent sur le détroit d’Ormuz, passage maritime entre le golfe Persique et la mer d’Arabie par lequel transitent environ 13 millions de barils de pétrole par jour. Toute interruption de cette route se répercute immédiatement sur les prix mondiaux de l’énergie.
La RDC, économie la plus exposée du continent
Selon une analyse de Bloomberg Economics, seuls trois pays d’Afrique subsaharienne verraient leur balance courante s’améliorer si le brut se stabilise autour de 85 dollars le baril. Les autres subiraient l’effet inverse. La RDC figure parmi les économies les plus vulnérables.
Pourtant riche en ressources minières, le pays importe la quasi-totalité de son carburant et dispose de capacités de raffinage très limitées. La hausse des prix du pétrole renchérit donc directement l’énergie, les transports et l’activité industrielle, sur une économie déjà fragilisée par la volatilité du franc congolais.
L’Afrique du Sud, l’Afrique de l’Est et l’Afrique de l’Ouest sont aussi exposées. Le Kenya, l’Ouganda, la Tanzanie et l’Éthiopie font face à des factures d’importation plus lourdes, ce qui pèse sur leurs monnaies et creuse leurs déficits. En Côte d’Ivoire, la hausse du coût du carburant risque de se répercuter sur les prix agricoles, le transport des denrées restant un poste clé dans la formation des prix alimentaires.
« Pour la plupart des économies africaines, la hausse des prix du pétrole signifie un affaiblissement des monnaies et une nouvelle montée des pressions inflationnistes », a averti Yvonne Mhango, économiste chez Bloomberg Economics. Si les tensions au Moyen-Orient persistent, les gouvernements africains pourraient se retrouver à arbitrer entre soutenir les ménages via des subventions aux carburants et préserver des finances publiques déjà sous pression.
Peter MOYI

