Les derniers chiffres de la Banque centrale du Congo (BCC) montrent un franc congolais toujours ferme face au dollar et une inflation très faible. Le 1 USD s’échange autour de 2 200,6160 CDF, avec une hausse du pouvoir d’achat de la monnaie locale soutenue par des taux d’intérêt élevés et la baisse des prix des carburants.
Un dollar plus bas, un franc congolais plus fort
La BCC affiche un cours indicatif de 1 USD = 2 200,6160 CDF. Une semaine avant, le dollar tournait autour de 2 218,8 CDF. Le franc congolais a donc encore gagné un peu de terrain, d’environ 0,8 % sur cette période.
Sur le marché, le mouvement est assez large. Le rand sud-africain, le shilling tanzanien et le kwacha zambien perdent du terrain face au CDF. Seul l’euro progresse légèrement, à 2 535,9 CDF pour 1 EUR, ce qui reflète aussi l’évolution du rapport entre l’euro et le dollar sur les marchés internationaux.
Les trois dernières séances visibles sur le graphique de la BCC montrent un dollar qui passe d’un pic d’environ 2 212 CDF à un niveau proche de 2 200 CDF. Autrement dit, le franc congolais se tient bien. Cette stabilité accompagne les décisions récentes du Gouvernement de baisser les prix des carburants dans toutes les zones d’approvisionnement. Un franc plus fort et un carburant moins cher vont dans le même sens : ils limitent la hausse du coût de la vie.
Une inflation très faible, contenue sous les 3 %
La note hebdomadaire sur l’inflation arrêtée au 22 novembre 2025 donne des chiffres très bas :
- Taux d’inflation hebdomadaire : 0,030 %
- Cumul annuel depuis janvier : 1,481 %
- Glissement annuel (sur douze mois) : 2,255 %
- Inflation annualisée : 1,640 %
Pour mémoire, à la mi-novembre, le glissement annuel était encore autour de 2,3 %. Il recule donc légèrement. Cela signifie que la hausse générale des prix reste faible, surtout si on la compare aux années précédentes, marquées par des tensions plus fortes.
Un franc plus fort, la baisse des prix des carburants et un contrôle plus strict du marché de change limitent la transmission des chocs extérieurs vers les prix intérieurs. Pour un ménage urbain, cela se traduit par moins de pression sur les produits importés et, en principe, sur les coûts de transport, si les opérateurs appliquent réellement les nouveaux tarifs.
Des taux d’intérêt très élevés pour défendre la monnaie
La détente de l’inflation ne vient pas seulement de l’évolution du dollar. Elle s’explique aussi par la politique monétaire de la BCC. Les chiffres des Bons BCC au 19 novembre 2025 montrent des rendements très élevés :
- 7 jours : TMP 12,19 % et Tm 15,00 %
- 28 jours : TMP 16,93 % et Tm 17,50 %
- 84 jours : TMP et Tm 17,50 %
Les Bons BCC sont des titres de dette émis par la Banque centrale pour attirer la liquidité en CDF. Avec des rendements qui montent jusqu’à 17,50 %, la BCC envoie un signal clair : elle veut rendre les placements en francs très attractifs par rapport au dollar.
Avec une inflation à peine au-dessus de 2 %, ces taux créent des rendements réels très positifs pour les investisseurs qui placent leur argent en CDF. Cela renforce la demande de francs, soutient la monnaie locale et aide à garder les prix sous contrôle. Mais cette stratégie a un revers : le crédit devient très cher pour les entreprises et pour l’État, qui doivent payer des intérêts élevés sur leurs emprunts en monnaie locale.
Effets pour les ménages, les entreprises et l’État
Pour les ménages, la combinaison d’un franc ferme, d’une inflation faible et de la baisse des prix des carburants peut offrir un peu de répit. Le panier de la ménagère reste soumis aux pratiques des commerçants et des transporteurs, mais la pression venant du taux de change diminue. Les importations alimentaires, les biens de consommation courante ou certains articles de première nécessité sont moins exposés aux fortes hausses liées au dollar.
Les entreprises importatrices bénéficient, elles aussi, de coûts en devises plus prévisibles. Quand le dollar baisse en CDF, leurs achats à l’étranger deviennent un peu moins coûteux, ce qui aide à stabiliser leurs marges ou leurs prix de vente. À l’inverse, les exportateurs, qui reçoivent leurs revenus en devises mais paient une partie de leurs charges en CDF, peuvent voir leurs recettes converties en monnaie locale légèrement réduites par l’appréciation du franc.
Pour les finances publiques, la situation présente un avantage et un risque. La stabilité du franc et la faible inflation facilitent la préparation du budget et la gestion quotidienne des dépenses. Les projections de recettes et de dépenses gagnent en lisibilité. Mais les rendements élevés sur les Bons BCC tirent vers le haut le coût de la dette intérieure. L’État doit donc arbitrer entre la défense de la stabilité monétaire et le poids des intérêts à payer.
Une stabilité réelle, mais encore fragile
Au 26 novembre 2025, le tableau dressé par la BCC est celui d’un franc congolais résistant, d’une inflation très basse et d’un marché monétaire étroitement encadré. Cette situation offre un peu d’oxygène aux ménages et crée un environnement plus lisible pour les entreprises.
Cet équilibre reste pourtant fragile. Il dépend de facteurs que les autorités contrôlent peu : les cours des matières premières, les entrées de devises, la situation sécuritaire à l’Est du pays. Il dépend aussi de la capacité du Gouvernement à utiliser cette phase de stabilité pour encourager l’investissement productif, soutenir l’activité des entreprises et améliorer durablement le niveau de vie.
— M. KOSI

