La liquidation de Viridian Lithium en Europe et les tensions sur le marché du tungstène illustrent les fragilités des chaînes d’approvisionnement en métaux stratégiques. Ces évolutions interviennent alors que les grandes économies cherchent à sécuriser les matières premières nécessaires aux batteries et à l’industrie de défense.
Le groupe Viridian Lithium, qui prévoyait une usine de production de lithium qualité batterie à Lauterbourg, en France, a été placé en liquidation judiciaire. Le projet visait une capacité équivalente à la production nécessaire pour deux millions de véhicules électriques par an, avec 250 emplois directs annoncés. La chute des prix du lithium entre 2024 et 2025, combinée au ralentissement des ventes de véhicules électriques, a freiné l’intérêt des investisseurs et compromis le passage à l’échelle industrielle. Cette situation met en évidence les difficultés rencontrées par l’Europe pour structurer une filière autonome, malgré des ambitions affichées en matière de souveraineté industrielle.
Les analystes estiment que ce revers souligne l’écart entre les objectifs politiques et la mise en œuvre opérationnelle des projets industriels. Le financement, la volatilité des marchés et la dépendance aux cycles des matières premières restent des contraintes majeures pour les projets émergents dans le secteur du lithium.
Le tungstène sous pression avec la montée des tensions géopolitiques
Parallèlement, le marché du tungstène se tend sous l’effet des conflits internationaux et des restrictions d’exportation. Les opérations militaires en Iran et en Ukraine entraînent une consommation accrue de ce métal utilisé dans les munitions, qui ne peut pas être recyclé après usage. Cette demande liée à la défense s’ajoute à un marché déjà fragilisé.
La Chine, qui représente environ 80 % de la production mondiale selon l’USGS, a renforcé son contrôle sur les exportations depuis février 2025. Les volumes exportés ont reculé d’environ 40 %, tandis que la production chinoise a diminué de 10 % pour s’établir à 61 000 tonnes, en raison de quotas et de fermetures de capacités pour des raisons environnementales. Une part croissante de la production est absorbée par le marché intérieur chinois, ce qui réduit davantage l’offre disponible à l’international.
Face à cette contraction, la production hors Chine progresse mais reste limitée. Elle a augmenté de 20 % en 2025 pour atteindre 19 000 tonnes. Dans ce contexte, les besoins du secteur de la défense, qui représentaient déjà environ 10 % de la consommation mondiale, devraient continuer à croître. Les industriels civils, notamment dans les semi-conducteurs, les circuits imprimés et les panneaux solaires, pourraient faire face à des difficultés d’approvisionnement.
Ces tensions sur les métaux stratégiques interviennent dans un contexte de recomposition des chaînes de valeur mondiales, où l’accès aux ressources devient un enjeu central pour les politiques industrielles.
— M. MASAMUNA

