Les vingt-cinq prochaines années pourraient infléchir profondément l’avenir de 26 nations parmi les plus démunies, affirme la Banque mondiale. Elles concentrent à elles seules plus de 40 % des individus vivant avec moins de 2,15 dollars par jour. Leurs économies, déjà fragilisées par des turbulences financières répétées et des conflits persistants, peinent à progresser vers la catégorie des revenus intermédiaires. Depuis le début des années 2000, 39 pays à faible revenu ont pourtant réussi à franchir ce palier, mais pour les 26 autres, la croissance du PIB par habitant est demeurée quasi nulle, limitant sérieusement leurs chances de basculer vers une meilleure situation avant 2050.
« Les pays les plus pauvres n’ont pas connu de hausse notable de leurs revenus par habitant ces quinze dernières années, mais l’expérience des économies asiatiques montre qu’il n’y a pas de fatalité », déclare Indermit Gill, économiste en chef du Groupe de la Banque mondiale. Selon lui, des initiatives ciblées et un soutien adapté pourraient aider ces pays en retard à mettre en place des réformes axées sur la stabilité, l’ouverture aux échanges et l’investissement, éléments considérés comme indispensables pour stimuler leurs secteurs productifs.
Parmi les défis à relever, la Banque mondiale pointe la concentration de conflits armés et la vulnérabilité au changement climatique, qui aggravent l’instabilité. Nombre de ces pays portent déjà un endettement élevé et sont entourés de voisins eux aussi en difficulté. Malgré ce contexte défavorable, ils disposent d’atouts considérables, notamment un accès à plus de 60 % des réserves mondiales connues de cobalt et à plus de 50 % de celles de graphite, métaux essentiels à la production d’énergie renouvelable. Le potentiel solaire de ces régions figure parmi les plus prometteurs, et leur population en âge de travailler ne cesse de croître, au moment où elle décline dans d’autres parties du monde.
La Banque mondiale s’appuie sur des cas concrets pour illustrer la possibilité de sortir de la pauvreté. Le Népal, enclavé et marqué par une guerre civile au début du siècle, a vu son revenu par habitant quadrupler après un accord de paix conclu en 2006, ce qui lui a permis d’atteindre la catégorie des économies à revenu intermédiaire en 2019. Le Rwanda présente un parcours similaire. Après avoir rétabli la stabilité à la suite des tragédies vécues en 1994, ce pays a fait le choix de mobiliser des ressources internes et externes pour développer l’entreprise privée, promouvoir le tourisme et améliorer l’accès aux services essentiels. Son revenu par habitant, estimé à 270 dollars en 2000, se situe aujourd’hui à un niveau presque quatre fois plus élevé.
« Le combat contre la pauvreté à l’échelle mondiale se gagne avant tout dans ces 26 pays », estime Ayhan Kose, économiste en chef adjoint du Groupe de la Banque mondiale. Il souligne la nécessité de concevoir des programmes de soutien destinés à stabiliser leurs économies, améliorer l’efficacité de leur administration et favoriser les infrastructures indispensables à la croissance. Les exemples du Népal et du Rwanda mettent en lumière l’importance du rôle joué par les partenaires étrangers, qu’il s’agisse d’aides internationales ou d’un allégement de la dette. Ces interventions, lorsqu’elles s’accompagnent de plans nationaux clairs et de réformes structurelles, créent un terreau propice au développement économique.
L’expérience de pays autrefois très pauvres prouve qu’il existe des voies de sortie. En conjuguant des politiques publiques cohérentes, un climat d’affaires favorable aux investissements et une attention portée au capital humain, ces nations peuvent espérer progresser vers un revenu plus élevé et offrir de meilleures conditions de vie à leurs habitants.
M. MATUVOVANGA


