RDC : –30 % de dépenses, +15 M USD/mois—ce que le Trésor ne vous dit pas

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Le Trésor encaisse mensuellement plus de 15 millions USD grâce à la réduction de 30 % du train de vie des institutions. Le cadre budgétaire vise un déficit à 0,8 % du PIB, mais le besoin de financement a dépassé 1,6 % sous l’effet du contexte sécuritaire à l’Est. Le franc congolais est resté stable plus de 15 mois. La croissance 2024 est estimée à 6,5 %, au-dessus des 6 % projetés par le FMI.

Procédures d’urgence : champ limité, discipline accrue

Le ministre des Finances, Doudou Fwamba, lie la hausse des recettes de caisse à une consolidation ciblée : 30 % de coupes sur les consommations des institutions, effet direct sur la trésorerie à hauteur de plus de 15 millions USD par mois. Le mécanisme est simple : moins de dépenses de fonctionnement, plus d’oxygène pour financer les priorités et lisser la trésorerie. L’objectif fixé avec le FMI reste un déficit de 0,8 % du PIB. La dégradation sécuritaire a toutefois porté le gap budgétaire à plus de 1,6 % du PIB, signal d’une pression accrue sur le solde global et sur la gestion de la liquidité publique.

La coordination avec la Banque centrale a contribué à ancrer le change. Le franc congolais s’est maintenu sur plus de quinze mois, signe d’une transmission monétaire mieux contrôlée et d’anticipations de prix moins volatiles. Ce verrouillage du canal de change limite le pass-through vers l’inflation et réduit les à-coups sur les marges des ménages et des entreprises importatrices. Côté activité, Kinshasa avance une croissance de 6,5 % en 2024, supérieure au cadrage de 6 % du FMI. Reste l’essentiel : transformer cette traction macro en gains réels pour les ménages par une offre locale plus robuste, des substitutions d’importations et une production capable d’alimenter le marché intérieur.

Le ministère signale des progrès sur les paiements en procédure d’urgence à l’Est, tout en reconnaissant un niveau encore élevé lié à la situation sécuritaire. Le nouveau programme avec le FMI verrouille le périmètre : seules les dépenses à caractère sécuritaire et les déplacements des chefs d’institution — Présidence de la République, Primature, Assemblée nationale, Sénat, Cour constitutionnelle, Conseil supérieur de la magistrature — restent éligibles. Les dettes intérieures et les investissements sortent de ce canal. Cette restriction remet la chaîne de la dépense sur un circuit ordinaire, renforce la prévisibilité, réduit les risques de trésorerie et assainit la qualité de l’exécution.

« La réduction de 30 % des consommations des institutions a permis d’encaisser plus de 15 millions USD par mois », affirme Doudou Fwamba.

Le signal adressé aux acteurs économiques est clair : contenir les charges courantes, cadrer le déficit, sécuriser le change et diriger la dépense vers la production. La trajectoire dépendra de la capacité à maintenir la discipline budgétaire tout en finançant la sécurité et les projets porteurs d’effet multiplicateur.

— Peter MOYI

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