Le nom de Bernard Kabese Musangu, directeur général de la DGDA, est associé depuis plusieurs mois à une affaire présumée de détournement de 61 millions USD dans le dossier American Fresh Food. Pourtant, jusqu’à présent, aucun document judiciaire officiel, aucune décision de justice ni aucun rapport public accessible ne confirme l’existence d’un détournement effectif lié à ce montant. Les accusations relayées dans certains médias et sur les réseaux sociaux reposent principalement sur des affirmations qui ne sont pas accompagnées de preuves comptables ou bancaires rendues publiques.
Les soutiens du directeur général de la DGDA avancent un argument central dans cette affaire. Selon eux, la société American Fresh Food n’aurait jamais effectivement versé les 61 millions USD évoqués dans les accusations. Dans ces conditions, ils estiment qu’il devient difficile de soutenir la thèse d’un détournement sans démontrer au préalable que les fonds ont réellement été encaissés. Dans les finances publiques, un détournement suppose généralement plusieurs éléments matériels, notamment l’existence d’un paiement réel, une trace comptable, un mouvement effectif des fonds ainsi que des preuves administratives ou bancaires permettant d’établir une appropriation frauduleuse.
À ce stade, aucune pièce officielle rendue publique ne montre que les 61 millions USD auraient été versés à la DGDA, enregistrés dans les comptes de l’administration douanière ou transférés au profit du directeur général. Pour plusieurs analystes, l’absence de documents judiciaires ou comptables accessibles au public limite fortement la possibilité de confirmer les accusations relayées dans l’espace médiatique.
Une affaire qui intervient dans un contexte sensible pour les finances publiques
Cette polémique apparaît dans un environnement particulièrement sensible pour les régies financières congolaises. La DGDA représente l’un des principaux instruments de mobilisation des recettes publiques en République démocratique du Congo, dans une économie où les importations et les activités minières occupent une place importante dans les revenus de l’État. Les administrations financières sont régulièrement confrontées à des tensions internes, des rivalités économiques et des luttes d’influence autour du contrôle des flux douaniers et fiscaux.
Autour du dossier American Fresh Food, plusieurs publications proches de la direction de la DGDA dénoncent ce qu’elles présentent comme une campagne de déstabilisation visant l’institution et ses dirigeants. Certains contenus évoquent des fausses informations ou des attaques liées aux réformes engagées dans l’administration douanière. Depuis plusieurs années, les autorités congolaises cherchent à moderniser les régies financières afin d’améliorer la collecte des recettes internes, réduire les fraudes et renforcer la traçabilité des opérations.
Dans ce cadre, la DGDA met en avant plusieurs évolutions observées ces dernières années, notamment la digitalisation progressive des procédures douanières, le renforcement du contrôle interne et certaines performances dans la mobilisation des recettes publiques. Ces réformes restent stratégiques pour les finances de l’État, car les recettes douanières constituent une source importante de financement du budget national.
Mais malgré les débats médiatiques et les tensions institutionnelles autour de cette affaire, plusieurs observateurs rappellent que seules des investigations judiciaires, des audits indépendants ou des documents comptables officiels peuvent établir d’éventuelles responsabilités. En l’absence d’éléments publics confirmant l’existence d’un paiement effectif ou d’un détournement des 61 millions USD, les accusations visant Bernard Kabese Musangu restent, à ce jour, non démontrées.
— Joldie KAKESA


