Les accords autour du corridor de Lobito continuent de susciter des débats. Signés en 2023 par la République démocratique du Congo (RDC), la Zambie, l’Angola et les États-Unis, ces accords visent à dynamiser l’économie régionale grâce à cette infrastructure stratégique reliant le sud de la RDC et le nord-ouest de la Zambie au port angolais de Lobito. Cependant, le voile d’opacité entourant ces engagements interpelle autant les organisations locales que les partenaires internationaux.
La Coalition africaine sur les minerais verts (CAMV), par l’intermédiaire de son partenaire Afreewatch, a récemment appelé ces gouvernements à publier les détails de ces accords. Dans son communiqué, l’organisation déplore un processus décisionnel excluant les communautés locales et la société civile. Pourtant, l’ampleur du projet aurait mérité une approche plus inclusive. Le corridor de Lobito n’est pas qu’une simple route commerciale ; il symbolise une promesse de transformation économique pour une région longtemps marginalisée.
Estimé à 1,6 milliard de dollars, ce projet bénéficie du soutien d’institutions financières comme la Banque africaine de développement et s’inscrit dans le partenariat du G7 pour les infrastructures et les investissements mondiaux. Il s’agit de permettre un accès facilité aux marchés internationaux pour les exportations de minerais et de produits agricoles. Dans le même temps, des emplois devraient être créés, et des investissements non contraignants sont attendus pour donner une valeur ajoutée aux ressources locales.
Cependant, la question de la transparence reste au cœur des préoccupations. « Il est primordial que les populations concernées soient informées et impliquées », souligne un analyste économique basé à Kinshasa. Selon lui, la réussite du corridor de Lobito ne se mesurera pas seulement à ses retombées économiques, mais aussi à la manière dont il bénéficiera directement aux habitants des régions traversées.
Lancé en mai 2023, ce projet s’est rapidement imposé comme un exemple de coopération internationale renforcée. En marge du sommet du G20 à New Delhi, l’Union européenne et les États-Unis ont réaffirmé leur engagement à soutenir cette initiative. Mais derrière les déclarations, les interrogations subsistent : comment garantir que les retombées économiques ne se limitent pas aux grandes entreprises, mais profitent également aux petites structures locales ?
Le corridor, une fois opérationnel, permettra non seulement de fluidifier le transport des marchandises, mais aussi d’assurer un accès à des intrants indispensables pour l’industrie minière et agricole. Il représente une opportunité pour renforcer les échanges commerciaux dans la région, tout en attirant des investisseurs. Pourtant, sans une gouvernance transparente, les risques de détournement ou de mauvaise gestion pourraient compromettre les espoirs placés dans ce projet.
Pour la CAMV et ses partenaires, le moment est venu de repenser la manière dont ces grands projets sont menés en Afrique. Si le corridor de Lobito peut devenir un modèle de développement durable et équitable, il pourrait également servir de référence pour d’autres initiatives similaires sur le continent. Mais pour cela, il faut commencer par rendre les accords publics.
— M. MATUVOVANGA


