Le cap est posé : élargir la base fiscale et sécuriser les recettes pour financer des routes, des écoles, des hôpitaux. Le message est clair depuis la séquence des conférences budgétaires 2026, tenues du 28 juillet au 8 août à Kinshasa, étape technique qui jalonne la préparation du budget à déposer au Parlement au plus tard le 15 septembre.
Nouveau casting au Budget, continuité à la ligne des Finances. Adolphe Muzito a repris officiellement le portefeuille du Budget comme Vice-Premier ministre début août. Doudou Fwamba, lui, reste aux Finances. Deux visages, un même fil directeur : sécuriser la trésorerie de l’État et réduire les frictions qui grippent la collecte.
Pourquoi viser 17 % de pression fiscale ?
Le Cadre budgétaire à moyen terme (2026-2028) assume un objectif : converger vers la moyenne d’Afrique subsaharienne, autour de 17 % de pression fiscale. La marche à suivre tient en quelques leviers : facture normalisée de TVA, nouveau Code général des impôts et de procédures, ajustement progressif des droits d’accise vers la moyenne africaine, enregistrement biométrique des contribuables et meilleure intégration des bases d’informations. L’idée n’est pas la multiplication des taxes, mais la mise en ordre des circuits de collecte.
Sur le plan macro, le cadrage retient une dépréciation moyenne du franc congolais limitée à 1,6 % par an sur 2026-2028 (contre 10,4 % entre 2022 et 2024) et une consolidation des réserves de change à environ 13,3 semaines d’importations en moyenne. Cette trajectoire suppose une politique budgétaire plus lisible et une Banque centrale non sollicitée pour des avances au Trésor. C’est ambitieux, mais cohérent avec la volonté de financer le déficit par des ressources “saines”.

Côté dépenses, la ligne rouge est rappelée : masse salariale sous 5 % du PIB sur la période. Cette contrainte n’a rien d’abstrait ; elle conditionne la capacité à financer l’entretien des routes, l’équipement des centres de santé et la gratuité de l’enseignement de base, cités parmi les priorités. Dans le même esprit, le gouvernement annonce privilégier des montages maîtrisés en PPP pour accélérer les chantiers d’infrastructures sans accumuler des passifs cachés.
Sur la méthode, les conférences budgétaires ont été structurées par thèmes pour aligner les ministères et régies financières, avec l’objectif d’arriver à un projet de loi de finances documenté et arbitré avant la mi-septembre. Ce rendez-vous annuel n’est pas un simple rituel : c’est là que se négocient les enveloppes, que s’arbitrent les priorités et que se mesurent les économies possibles.
Le duo Budget-Finances aura fort à faire, mais les signaux politiques sont posés. La passation au Budget et la stabilité aux Finances clarifient les responsabilités : au Budget, la cohérence d’ensemble et la discipline des crédits ; aux Finances, la montée en puissance de la collecte, l’ordonnancement et la trésorerie. La communication autour d’un Fonds d’investissement stratégique présenté mi-août au Conseil des ministres va dans le sens d’un financement plus structuré des projets, à condition d’en verrouiller la gouvernance.
Reste la question de terrain : comment transformer des réformes “système” en recettes sonnantes ? Trois chantiers ressortent. Un, la TVA : la facture normalisée décourage la fraude, augmente le taux de conformité et améliore le remboursement crédible des crédits de TVA aux entreprises. Deux, les accises : l’alignement sur la moyenne africaine peut rapporter sans étouffer la demande si l’on étale les hausses et si l’on cible correctement les produits. Trois, le fichier des contribuables : l’identification biométrique et l’interconnexion des bases (douanes, impôts, CNSS, banques) sont décisives pour capter l’activité réelle, y compris informelle. Ces mesures figurent noir sur blanc dans le CBMT ; leur succès dépendra de l’exécution.
Un mot sur le calendrier. La fenêtre est courte : arbitrages après conférences, cadrage définitif, puis dépôt au Parlement avant le 15 septembre. Chaque semaine compte. La crédibilité budgétaire ne se joue pas qu’aux chiffres, mais à la capacité de l’État à tenir ses engagements : payer à temps, éviter les arriérés, publier, contrôler. C’est aussi ainsi que l’on sécurise des appuis extérieurs sans créer de dépendance.
En filigrane, la promesse est simple : plus de recettes bien collectées, moins de dépenses non prioritaires, plus d’impact visible. Si la pression fiscale remonte vers les standards régionaux sans alourdir le fardeau des secteurs productifs, alors les infrastructures et les services de base gagneront en régularité. La feuille de route existe ; la cohérence Budget-Finances peut faire la différence.
— M. KOSI


