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TICAD 9 | Yokohama : PDL145-T, cap sur l’exécution et la paix à l’Est

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À Yokohama, la cheffe du Bureau régional Afrique du PNUD, Ahunna Eziakonwa-Onochie, et la Première ministre Judith Suminwa ont aligné la priorité : accélérer le PDL145-T et arrimer ses chantiers à la stabilisation de l’Est. Le programme, doté de 1,66 milliard USD dont 644 millions mis en œuvre par le PNUD, reste l’un des leviers attendus pour rapprocher des services publics des territoires ruraux, pendant que les discussions de paix se poursuivent autour du processus de Washington–Doha.

Que faut-il concrètement livrer maintenant ?

Le rappel des faits met la barre haut. Le PDL145-T vise des écoles équipées, des centres de santé opérationnels, des bâtiments administratifs fonctionnels et des routes de desserte agricole praticables. Trois agences se partagent l’exécution (PNUD, BCECO, CFEF), sous la coordination du Gouvernement. Le financement global s’élève à 1,665 milliard USD, principalement sur ressources publiques, avec un apport des droits de tirage spéciaux du FMI injecté au démarrage. Cette architecture est publique ; elle fixe aussi les contraintes : accès difficile à certains sites, procédures de marchés longues, poches d’insécurité.

Sur les résultats, un rappel utile : au terme d’août 2023, 311 infrastructures avaient été techniquement livrées sur 2 143 prévues pour la première vague, selon une enquête indépendante (CREFDL). Le chiffre a depuis évolué, mais il souligne l’écart entre les ambitions et le rythme réel de livraison. Pour les lecteurs, cela signifie une chose simple : l’année en cours doit convertir des chantiers en services utilisables (classes ouvertes, centres de santé avec personnel et dotations, routes entretenues).

À Yokohama, Ahunna Eziakonwa-Onochie a salué le partenariat avec Kinshasa tout en assumant un point souvent éludé : la logistique d’un pays-continent ralentit. Elle a insisté sur la continuité des livraisons et sur un appui ciblé avec l’État pour « des résultats concrets ». Son message, entendu côté congolais, cadre avec la ligne du PNUD à TICAD 9, où l’agence plaide pour des coalitions Afrique-Japon adossées à des projets mesurables (éducation, santé, relance locale).

L’équation n’est pas seulement budgétaire. Elle est opérationnelle : des délais de passation réduits, une planification des approvisionnements adaptée aux zones enclavées, une sécurisation des sites sensibles, et un suivi géoréférencé qui permet de voir ce qui est construit, où, avec quel niveau d’achèvement. Le ministère du Plan rappelle d’ailleurs que le système d’information géo-référencé fait partie des quatre composantes officielles du programme. C’est là que se joue la crédibilité du PDL : montrer, territoire par territoire, la bascule de l’investissement vers l’usage.

Côté finances, le cadrage publié par le PNUD fixe un périmètre clair : 644 millions USD sous maîtrise d’ouvrage PNUD dans un ensemble de 1,66 milliard USD. Dit autrement, l’agence onusienne n’est ni l’unique exécutant ni l’unique financeur ; sa valeur ajoutée porte sur les standards d’exécution, le contrôle qualité, la traçabilité et le renforcement des capacités locales. À TICAD, cette granularité compte : les partenaires ne financent plus « des promesses », ils financent des lots prêts avec calendrier, coûts unitaires réalistes et garanties de maintenance.

Reste l’Est. La fenêtre politique s’est entrouverte depuis la signature, à Washington le 27 juin 2025, d’un accord entre la RDC et le Rwanda, adossé à une trajectoire de retrait des troupes rwandaises et à un mécanisme conjoint de suivi. Ce texte soutient les pourparlers de Doha avec l’AFC/M23, assortis d’une déclaration de principes parafée le 19 juillet. Le dernier pointage de presse internationale souligne une reprise difficile des discussions et un calendrier chahuté. Pourquoi le rappeler dans un article sur le PDL ? Parce que la sécurisation des zones d’ouvrage conditionne l’achèvement des écoles et des centres de santé, et parce qu’un cessez-le-feu crédible réduit les surcoûts logistiques.

Mon regard de terrain est simple : si Yokohama doit servir à quelque chose, c’est à séquencer trois livrables visibles d’ici la fin de l’année — 1) classes opérationnelles (enseignants affectés, kits fournis) dans les territoires accessibles ; 2) centres de santé équipés avec chaîne d’approvisionnement stabilisée pour médicaments essentiels ; 3) tronçons prioritaires de dessertes agricoles remis en état avant la principale saison de récolte. On ne gagne pas la confiance avec des promesses, on la gagne avec des services qui ouvrent.

Pour la suite, la feuille de route gagnante ressemble à ceci : sélectionner des paquets territoriaux (5–7 territoires par province) où les chantiers sont à plus de 70 % d’avancement, publier un tableau de bord public (chantier, taux d’achèvement, date d’ouverture), et arrimer chaque livraison à un budget de maintenance minimal sur 12 mois. C’est peu spectaculaire, mais c’est ce qui change la vie des ménages. Et cela parle autant aux bailleurs japonais présents à TICAD qu’aux contribuables congolais.

— M. KOSI

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