Rubaya, dans le territoire de Masisi au Nord-Kivu, concentre une part importante de la production mondiale de coltan, minerai indispensable à la fabrication de condensateurs électroniques utilisés dans les smartphones, les ordinateurs et les véhicules électriques. Ce même site est au centre d’allégations documentées de contrôle armé, de taxation illicite et de circuits d’exportation clandestins qui alimentent les fonderies mondiales.
Les rapports du Groupe d’experts des Nations unies ont régulièrement identifié Rubaya comme un point critique dans la chaîne d’approvisionnement du tantale. Des groupes armés y exercent une emprise sur les sites miniers et prélèvent des taxes sur les négociants et les transporteurs. Ces prélèvements constituent une source de financement directe pour des acteurs armés dont la présence pèse sur la sécurité de toute la région.
La chaîne qui relie les puits de Rubaya aux marchés internationaux est fragmentée et difficile à tracer. Des comptoirs locaux, des transporteurs informels et des exportateurs officiellement enregistrés s’y succèdent. Ces derniers servent parfois d’interface entre la production illicite et les marchés légaux, en intégrant le coltan dans des flux d’exportation formellement déclarés.
Des mécanismes de contrôle insuffisants face à l’ampleur du problème

Une commission d’enquête régionale a été mise en place pour traiter la contrebande transfrontalière des minerais 3T, à savoir l’étain, le tantale et le tungstène. Mais les experts s’accordent à dire que ces mécanismes institutionnels restent insuffisants tant que la situation sécuritaire n’est pas stabilisée sur le terrain.
Les volumes réels exportés depuis Rubaya sont difficiles à certifier. Les chiffres officiels du ministère des Mines sous-estiment probablement la production effective. L’écart entre les estimations des organisations spécialisées et les statistiques gouvernementales suggère une fuite massive hors des circuits formels, dont le coût pour les recettes publiques congolaises reste impossible à chiffrer avec précision.
En bout de chaîne, des entreprises technologiques parmi les plus grandes capitalisations boursières mondiales sont exposées à des risques réputationnels et réglementaires liés à leur approvisionnement en coltan de la région. Des enquêtes publiées par des organisations comme Global Witness ont mis en cause des intermédiaires commerciaux actifs sur ce marché. La responsabilisation de ces acheteurs reste le levier le plus efficace pour assainir la filière, mais son activation dépend de la volonté politique des États consommateurs, qui avancent prudemment sur un dossier où les intérêts économiques sont considérables.
— M. MASAMUNA

